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African Crop Science Journal
African Crop Science Society
ISSN: 1021-9730 EISSN: 2072-6589
Vol. 6, Num. 4, 1998, pp. 357-366
African Crop Science Journal, Vol

African Crop Science Journal, Vol. 6. No. 4, pp. 357-366, 1998
Printed in Uganda. All rights reserved
©1998, African Crop Science Society

Évaluation Des Génotypes De Pomme De Terre Dans Différentes Zones Agroécologiques À L'est Du Congo

T. MUTOMBO, P. PHEMBA, N.B. LUTALADIO1 et H.M. KIDANEMARIAM2

INERA, Centre de Recherches de Mulungu, D.S. Bukavu, République Démocratique du Congo
1PRAPACE, P.O. Box 22274, Kampala, Uganda
2CIP, P.O. Box 25171, Nairobi, Kenya

(Reçu le 26 mai 1998 et accepté le 2 novembre 1998)

Code Number:CS98038

RÉSUMÉ

La sélection pour le rendement potentiel élevé, les traits agronomiques acceptables, l'adaptabilité à différents environnements, la résistance au mildiou [Phytophthora infestans (Mont.) de Bary] et au flétrissement bactérien [Ralstonia solanacearum (Rs.)] constituent l'objectif majeur du programme d'amélioration de la pomme de terre de l'INERA en République Démocratique du Congo (R.D. Congo). Sept génotypes de pomme de terre, composés de cinq clones avancés et de deux variétés témoins, ont été évalués en essais multilocaux dans quatre zones agroécologiques différentes de la région du Kivu à l'est de la R.D. Congo durant deux saisons culturales consécutives en 1995 et 1996. Les différences entre les environnements d'une part et les génotypes d'autre part étaient significatives en ce qui concerne le rendement en tubercules, les composantes du rendement (nombre et poids moyens de tubercules), le mildiou et le flétrissement bactérien. Les effets de l'interaction entre génotype et environnement (G x E) étaient significatifs pour le rendement en tubercules. L'analyse de la stabilité du rendement a montré que deux clones, CIP-381381.20 et CIP-380022.2, étaient stables et ont donné les meilleurs rendements (17,9 t ha-1 et 16,4 t ha-1 , respectivement) à travers les quatre environnements. Cependant, ils semblent s'adapter particulièrement aux conditions favorables rencontrées à Kamisimbi (2.010 m d'altitude) et à Mulume-Munene (2.505 m). L'incidence du mildiou, exprimée en surface sous la courbe de progression de la maladie (AUDPC, Areas Under Disease Progress Curve), ainsi que le pourcentage des plantes infectées de bactériose ont varié significativement entre les génotypes et les environnements. Un niveau relativement élevé de tolérance au mildiou a été observé sur le témoin Cruza 148 et les clones CIP-387792.9 et CIP-381397.7 tandis que les clones les plus performants en ce qui concerne le rendement ont montré un niveau moyen de tolérance. L'incidence de la bactériose a été faible durant cette étude. A l'exception de CIP-387792.9 et de Cruza 148, tous les autre génotypes n'ont pas pu exprimer suffisamment leur niveau de tolérance/résistance à l'infection latente du flétrissement bactérien. Les deux clones (CIP-381381.20 et CIP-380022.2) les plus productifs et tolérants au mildiou et à la bactériose ont été proposés pour diffusion auprès des producteurs de la pomme de terre à l'est de la R. D. Congo. La dissémination rapide de ces deux nouvelles variétés potentielles, nécessite la mise en place d'une stratégie et d'un système efficace de multiplication, par les structures paysannes, des tubercules semences sains de bonne qualité et exempts de bactériose latente à partir de semences de base à obtenir de l'INERA, Mulungu.

Mots Clés: Adaptabilité des génotypes, incidence du mildiou et de la bactériose, l'est de la Rép. Dém. du Congo, pomme de terre, zones agroécologiques

ABSTRACT

Selection for yield potential, tuber characteristics, adaptability to different environnements, resistance to late blight [Phytophthora infestans (Mont). de Bary] and bacterial wilt [Ralstonia solanacearum (Rs.)] has been the major concern of the potato improvement program of INERA in the Democratic Republic of Congo (D.R Congo). Seven genotypes consisting of five advanced clones and two control varieties were evaluated in replicated trials in four contrasting agroecological conditions of Kivu region in eastern D.R. Congo during two consecutive growing seasons in 1995 and 1996. Differences between environments and genotypes were significant for tuber yield, yield components (tuber number and weight), late blight and bacterial wilt. The effects of genotype by environment (G x E) interaction for tuber yield was significant. Stability analysis of tuber yield indicated that two clones, CIP-381381.20 and CIP-380022.2, were stable and best yielders across all environments with average yield of 17.9 t ha -1 and 16.4 t ha-1 respectively. They appeared however particularly adapted to favorable potato growing conditions found in Kamisimbi (2,010 masl) and Mulume-Munene (2,505 m). Late blight infection pressure expressed by the area under disease progress curve (AUDPC) and the percentage of bacterial wilt infected plants varied significantly amongst the genotypes and environments. Relatively high level of tolerance to late blight was expressed by the control variety Cruza 148 and clones CIP-387792.9 and CIP-381397.7 while the best clone yielders showed moderate levels of tolerance. Potato bacterial wilt pressure was not high during the study period. Except for CIP-387792.9 and Cruza 148, all the other genotypes did not show resistance to latent infection of bacterial wilt. The two best performing and tolerant clones CIP 381381.20 and CIP 380022.2, were proposed for release in eastern D.R. Congo. In order to disseminate these new potential varieties, it would require an efficient and informal farmer-based multiplication system for production of clean, good quality and bacterial wilt free seed tubers starting from basic seed tubers to be obtained from INERA, Mulungu.

Key Words: Adaptability, late blight, bacterial wilt, eastern Dem. Rep. of Congo, potato genotypes, agroecologies

INTRODUCTION

Les zones de haute altitude (>1500m) de la région du Kivu à l'est de la République Démocratique du Congo sont caractérisées par une large gamme de zones agroécologiques et de systèmes de production (Shahei et Mpelenda, 1989). Dans ces zones, la pomme de terre est à la fois une culture de rente et un aliment de base pour les populations locales (MINAGRI, 1994). Parmi les plantes à racines et tubercules, elle occupe la troisième place après le manioc et la patate douce, au Kivu et en R.D. Congo, en ce qui concerne la production et la consommation annuelles par habitant (MINAGRI, 1994; FAO, 1995).

Les zones d'altitude à faibles températures moyennes (15-17ºC), à forte pluviosité du type bimodal avec une moyenne annuelle de pluies d'environ 1.200 à 1.600 mm et à sol relativement fertile sont les meilleurs sites de production de la pomme de terre au Congo et dans la région de la crête Zaïre-Nil (Ewell, 1992). Dans ces zones d'altitude, il y a deux saisons culturales: la grande saison de pluies (saison A) qui va de septembre à février et la petite saison de pluies (saison B) de mars/avril à juillet. La longueur de la saison sèche est de 2 à 3 mois par an.

La pomme de terre a été introduite au Congo au 19ème siècle par les missionnaires européens (Mundundu, 1985). Les variétés d'Europe (Sientje, Eigenheimer, Nervea, Pimpenel, Marita) introduites avant 1960 sont plus ou moins dégénérées et se sont avérées très susceptibles au mildiou [Phytophthora infestans (Mont.) de Bary], et à la bactériose (races 1 et 3) causée par Ralstonia solanacearum (Rs) (Mundundu, 1985). Ces deux importantes maladies constituent des facteurs limitants qui affectent la productivité de la pomme de terre au Congo et dans toute la région de la crête Zaïre-Nil (Rueda et al. 1996).

Pour faire face aux dégâts causés par le mildiou et la bactériose, la R.D. Congo a initié en 1980, sous l'égide de l'INERA (Institut National d'Etudes et de Recherches Agronomiques), un programme de recherches sur la pomme de terre. L'adhésion de ce programme au PRAPACE (Programme Régional d'Amélioration de la pomme de terre et de la patate douce en Afrique Centrale et de l'Est) a permis au Congo d'importer à partir du Burundi et du Rwanda plusieurs variétés dont la Cruza 148, Atsimba, Montsama et Sangema diffusées au Kivu (Mundundu, 1985) et des germoplasmes de pomme de terre du CIP (Centro Internacional de la Papa).

Le principal objectif du programme de recherches sur la pomme de terre au Congo est de développer des variétés à haut rendement, résistantes aux maladies (mildiou, bactériose et viroses) et adaptées aux différentes zones agroécologiques. Le schéma de sélection en six étapes commence par l'installation des parcelles d'introduction à la première saison, suivie à la deuxième saison par une évaluation préliminaire, puis à la troisième saison par un essai de rendement préliminaire. Les essais de rendement avancés ont lieu à la quatrième saison et les essais uniformes et multilocaux à la cinquième et sixième saisons respectivement. Un nombre important de génotypes de pomme de terre obtenus du CIP a été évalué en essais de rendement préliminaires, avancés et uniformes. Quelques-uns de ces génotypes se sont avérés très prometteurs au point de vue du rendement en tubercules et de la tolérance au mildiou et au flétrissement bactérien. Mais, leur performance en essais multilocaux et en milieu paysan ainsi que leur réaction aux maladies n'ont pas encore été évaluées dans les principales zones de production de la pomme de terre à l'est du Congo.

La nécessité d'exposer et de tester les génotypes prometteurs dans des conditions différentes d'environnements pour une meilleure évaluation de leur valeur génotypique et de leur adaptation a été confirmée par Kang et Pham (1991), Zavala-Garcia et al.(1992) et Lungaho et al.(1998).

Le but de cette étude est d'évaluer la performance en rendement des tubercules, la réaction au mildiou et à la bactériose des génotypes de pomme de terre dans différentes zones agroécologiques à l'est de la R.D. Congo et de déterminer la contribution de l'interaction entre génotype et environnement (G x E) sur leur adaptabilité.

MATÉRIEL ET MÉTHODES

Sept génotypes composés de cinq clones issus des essais de rendement avancés et deux témoins ont été utilisés pour cette étude. Les génotypes CIP-381381.20, CIP-380022.2, CIP-387792.9, CIP-381397.7 et CIP-387792.8 obtenus du CIP sous forme de clones ont été choisis sur la base de leur rendement élevé en tubercules, de leurs caractéristiques agronomiques (nombre et poids moyens des tubercules élevés, forme acceptable des tubercules) et de leur tolérance/résistance au mildiou et à la bactériose pendant la sélection au Centre de Recherches de l'INERA, Mulungu à l'est du Congo. Les variétés Montsama et Cruza 148 utilisées respectivement comme témoin susceptible et résistant au mildiou et à la bactériose, sont couramment cultivées par les paysans du Kivu. Ces deux variétés provenant du Rwanda et du Burundi ont été introduites à Mulungu en 1980 (Bouwe, communication personnelle, INERA, 1997).

Les 7 génotypes ont été évalués dans 4 environnements représentatifs des principales zones agroécologiques du Kivu montagneux. Les zones de basse altitude ont été représentées par le site de Butole (1.115 m), celles de moyenne altitude par le site de Nyangezi (1.560m) et celles de haute altitude par les sites de Kamisimbi (2.010 m) et de Mulume-Munene (2.505m). Pour une saison donnée, chaque site a été considéré comme un environnement individuel. Les attributs de ces 4 environnements sont récapitulés au Tableau 1.

TABLEAU 1. Attributs carat_ristiques des sites représentatifs de 4 environments à l'est de la R.D. Congo où la pomme de terre était plantée en essais multilocaux (1995B et 1996A)

Site

Altitude (m)

Habitat et type de sol

Quantité de pluies (mm)

Témperature moyenne (ºC)

Precedent cultural

Végétation environnante

1995B

1996A

Butole

1.115

Bas-fond, sol marécageux, pH: 4,9

143

292

22-25

riz, ma-s, potager

friche

.Nyangezi

1,560

Plaine, sol limonosabloneux, pH: 6,0

301

388

22-25

potager, jachère

friche

Kamisimbi

2.010

Colline, sol argileux rouge, pH: 5,0

168

386

19-22

hadcot, ma'i's, sorgho

friche

Mulume-Munene bambous et lianes

2,505

Colline, sol argilolimoneux 1ourd, pH:5,4

186

507

13-16

haricot, jachère

forêt de montagne à

Dans chaque environnement, l'essai a été conduit durant deux saisons culturales consécutives, la petite saison de pluies de 1995B et la grande saison de pluies de 1996A. L'essai a été placé dans un dispositif expérimental en blocs complètement randomisés en quatre répétitions. Les écartements de 0,80 m entre les billons et de 0,30 m sur les billons ont été utilisés dans des parcelles élémentaires comprenant 4 billons de 6 mètres chacun, soit 80 poquets dans une superficie unitaire de 19,2 m2 .

Les tubercules semences de 7 génotypes ont été produits au Centre de Recherches de Mulungu et plantés dans des sites multilocaux avec la participation des paysans. Les semences de calibre moyen pesant environ 50g généralement bien germées et de même âge physiologique, ont été utilisées pour la plantation.

L'essai a été exposé à l'infestation naturelle du mildiou et de la bactériose et n'a reçu ni fertilisant ni traitement phytosanitaire, à l'exception du sarclage et du buttage. Les données sur les dégâts causés par le mildiou ont été enregistrées dès l'apparition des premières lésions sur la plante et à intervalle régulier de 14 jours suivant l'échelle de 1 à 9 établie par le CIP (Henfling, 1987). La cote 1 indique le manque d'infection tandis que 9 est équivalent à une infection totale généralisée. Ces cotations ont été transformées en pourcentage de la surface foliaire affectée puis transformées par après en surface sous la courbe de progression de la maladie (AUDPC, Area Under Disease Progress Curve) pour annuler l'effet de pourcentage (Campbell et Madden, 1990; Lutaladio et al. 1996; Hakiza et al. 1997). La lecture de AUDPC indique la relative susceptibilité de chaque génotype. Des valeurs faibles de AUDPC suggèrent une tolérance/résistance élevée. Les données relatives au taux du flétrissement bactérien ont été obtenues par le dénombrement des plantes malades flétries par rapport à la densité parcellaire pendant la croissance des plantes (Martin, 1987). La cotation a été ensuite faite en pourcentage des plantes attaquées par rapport aux plantes ne présentant visiblement aucun symptôme du flétrissement bactérien.

La récolte de l'essai a eu lieu après 3 mois, en présence des paysans et avec leur collaboration. Ceux-ci ont donné leur appréciation sur le nombre, la forme et la couleur des tubercules de chaque génotype. La récolte a été faite manuellement. Les tubercules ont été déterrés systématiquement, triés puis calibrés visuellement selon qu'ils étaient petits (<30 g), moyens (>30 à <50 g) ou gros (>50 g). Les données ont été récoltées sur deux billons à l'intérieur de la parcelle unitaire pour déterminer le nombre et le poids moyen des tubercules ainsi que leur rendement.

Toutes les données ont été analysées en utilisant le programme informatique MSTAT-C (Anonymous, 1990). Les moyennes ont été comparées en utilisant le test de la plus petite différence significative au niveau de probabilité de 0,05 (Steel et Torrie, 1980). Une analyse de la variance combinée à travers les environnements a été faite pour tester la signification des différences entre les environnements, les génotypes et les effets d'interaction génotype x environnement (MacIntosh, 1983). Le modèle de régression développé par Finlay et Wilkinson (1963) et la formule de Shukla (1972) ont été appliqués pour déterminer l'adaptation et la stabilité du rendement des génotypes quand l'interaction génotype x environnement était significative. L'analyse de la régression des moyennes de rendement des génotypes a permis de calculer la pente de régression (b) et le coefficient de détermination (r2) associés à la ligne de régression des rendements moyens des génotypes. Les paramètres de stabilité de rendement décrits par Eberhart et Russel (1966), et Francis et Kannemberg (1978) indiquent que, lorsque le coefficient de régression b = 1, b >1 et b <1, les génotypes sont respectivement stables, instables et très stables. Un génotype est également considéré comme stable quand sa moyenne des carrés de la déviation de régression (S2d ) est proche de 0 et son coefficient de détermination de la régression (r2) proche de l'unité.

RéSULTATS ET DISCUSSION

L'analyse combinée de la variance du rendement en tubercules a montré des effects significatifs (Tableau 2) pour les environnements, les génotypes et l'interaction génotype x environnement qui indiquent un comportement différent des génotypes dans chaque environnement.

TABLEAU 2. Analyse combinée de la variance du rendement de 7 génotypes de pomme de terre dans 4 environnements à l'est de la R.D. Congo (1995B et 1996A)

Source de variation

Degré de liberté

Carré moyen

Saison (S)

1

751,417**

Environnement (E)

3

1703,488**

Saison x Environnement (S x E)

3

44,516

Génotype (G)

6

310,522**

Saison x Génotype (S x G)

6

35,086

Génotype x Environnement (G x E)

18

88,230**

Saison x Environnement x Génotype (S x E x G)

18

1.3,520*

Erreur

110

9,304

*, **significatif à 5 et 1% du niveau de probabilité, respectivement

Malgré la différence significative observée entre les saisons (Tableau 2), les rendements moyens, de même que le nombre et le poids moyens des tubercules les plus élevés ont été énregistrés à Mulume-Munene (2.505m) et à Kamisimbi (2.010m) tandis qu'à Butole (1.115m) les rendements et d'autres composantes du rendement ont été les plus faibles (Tableau 3). Les résultats du tableau 3 indiquent aussi qu'en dépit de la différence entre les saisons, la bactériose est plus sévère en basse altitude que sur les hautes terres tandis que la sévérité du mildiou ne semble pas être déterminée par l'altitude, mais plutôt par d'autres facteurs comme la pluviosité, l'état brumeux dû aux basses températures et à la présence de l'inoculum (oospores) dans le sol et sur les plantes hôtes. L'incidence élevée du mildiou à Butole (1.115m) serait causée probablement par la présence des cultures maraîchères dont la tomate sur ce site, durant la période de l'étude.

TABLEAU 3. Effets d'environnements surle rendement, les composantes du rendement et sur l'incidence du mildiou et de la bactériose à l'est de la R.D. Congo (1995B et 1996A)

Site

Rendement moyen (t ha-1 )

Nombre de tubercules par plante

Poids moyen de tubercule (g/tubercule)

Incidence du mildiou (AUDPC)

Incidence de la bactériose (% plantes flétries)

Butole (1.115m)

4,6

5,1

24,2

506,8

5,3

Nyangezi (1.560m)

12,3

5,8

50,9

352,1

2,8

Kamisimbi (2.010m)

14,9

7,0

51,7

501,9

1,7

Mulume-Munene (2.505m)

19,8

8,0

63,4

662,4

1,5

PPDS (P=0,05)

3,5

1,1

10,9

6,6

0,3

CV (%)

9,8

17,5

11,4

5,1

50,8

PPDS (P=0,05): la plus petite différence significative à 5% du niveau de probabilité
CV(%): coefficient de variation en pourcentage
AUDPC: surface sous la courbe de progression de la maladie

Les génotypes se sont comportés différemment au point de vue du rendement en tubercules en fonction de la variation des conditions d'environnements (Tableau 4). Il apparaît que, contrairement aux zones de haute altitude, les conditions environnementales en basses altitudes, caractérisées notamment par des températures diurnes et nocturnes élevées et par des contraintes biotiques (bactériose), ne favorisent pas l'expression complète du potential génétique de la pomme de terre en ce qui concerne le rendement. Les temperatures élevées (>20ºC) réduisent sévèremment l'initiation et la formation des tubercules de la pomme de terre. Elles prolongent la période de développement de la canopie foliaire et retardent l'initiation et la formation des tubercules, causant ainsi une réduction du nombre total des tubercules. Cela est du à la production de gibbereline favorisant la formation et la croissance des pousses et stolons au dépend de la formation des tubercules (Vander Zaag, 1984, Hakiza et al. 1997).

TABLEAU 4. Variation du rendement de 7 génotypes de pomme de terre dans 4 environnements à l'est de la R.D. Congo (1995B et 1996A)

Genotype

Butole (1.115m)

Nyangezi (1.650m)

Kamisimbi (2.010m)

Mulume-Munene (2.5050m)

CIP-381381.20

6,8

17,8

20,8

26,1

CIP-380022.2

4,7

9,0

22,5

29,3

CIP-387792.9

4,2

14,7

18,0

17,7

Montsama (témoin)

6,8

14,5

14,3

15,6

Cruza (témoin)

3,3

9,2

13,5

23,9

CIP-381397.7

3,3

13,2

8,0

15,6

CIP-387792.8

3,0

7,8

7,8

7,5

PPDS (P=0,05)

2,7

1,5

3,0

2,4

PPDS (P=0,05): la plus petite différence significative à 5% du niveau de probabilité

Le Tableau 5 montre que les clones CIP-381381.20 et CIP-380022.2 ont donné les rendements les plus élevés tandis que CIP-381397.7 et CIP-387792.8 ont des rendements plus faibles que ceux des témoins Montsama et Cruza 148. Les variétés témoins assez bien adaptées et couramment cultivées au Kivu ont eu, en fonction du nombre de tubercules par plante, des taux de multiplication de 1 à 8,9 et 8,6 respectivement comparés à ceux de 6,1 et 6,5 exhibés par les deux meilleurs clones. Ces derniers ont, par contre, produit des tubercules de gros calibre ayant un poids moyen élevé de 74 g et 66 g, respectivement qui peuvent être destinés à la consommation (Tableau 5).

TABLEAU 5. Effets des génotypes sur le rendement, les composantes du rendement et sur l'incidence du miIdiou et de la bactériose à l'est de la R.D. Congo (1995B et 1996A)

Génotype

Rendement moyen (t ha-1)

Nombre de tubercules par plante

Poids moyen de tubercule (g/tubercule)

Incidence du mildiou (AUDPC)

Incidence de la bactériose (% plantes flétries)

CIP-381381.20

17,9

6,1

74,0

466,4

4,8

CIP-380022.2

16,4

6,5

66,0

533,3

3,1

CIP-387792.9

13,6

5,2

62,8

384,4

1,7

CIP-381397.7

10,1

5,1

47,5

395,3

2,6

CIP-387792.8

7,3

5,0

35,1

521,8

2,9

Montsama (témoin susceptible)

12,8

8,6

37,5

902,5

3,7

Cruza 148 (témoin resistant)

12,5

8,9

47,3

276,7

1,2

PPDS (P=0,05)

1,7

0.6

14,8

21,1

0,8

CV (%)

23,6

18,2

13,1

5,0

50,2

PPDS (P=0,05): la plus petite différence significative à 5% du niveau de probabilité
CV(%): coefficient de variation en pourcentage
AUDPC: surface sous la courbe de progression de la maladie

La différence significative observée en ce qui concerne les maladies indique que Cruza 148, CIP-387792.9 et CIP-381397.7 étaient plus tolérants/résistants au mildiou et à la bactériose. A travers les zones agroécologiques, ces génotypes ont montré les plus faibles valeurs de AUDPC et les taux relativement bas des plantes présentant des symptômes de flétrissement bactérien (Tableau 5).

TABLEAU 6. Paramètres de stabilité du rendement de 7 génotypes de pomme de terre dans 4 environnements à l'est de la R.D. Congo (1995B et 1996A)

Génotypes

Rendement moyen (t ha-1)

b

S2d

r2

CIP-381381.20

17.9

1,37

2,27

0,97

CIP-380022,2

16,4

1,65

2,17

0,86

CIP-380792.9

13,6

0,99

5,12

0,89

CIP-381397.7

10,1

0,65

7,11

0,66

CIP-387792.8

7,3

0,49

0,88

0,96

Montsama (témoin susceptible)

12,8

0,61

5,29

0,74

Cruza 148 (témoin resistant)

12,5

1,25

7,68

0,90

PPDS (P=0,05)

1,7

-

-

-

CV (%)

23,6

-

-

-

PPDS (P=0,05): la plus petite différence significative à 5% du niveau de probabilité
CV(%): coefficient de variation en pourcentage
b : pente de régression; Sd2d = moyenne des carrés de la déviation de régression
r2: coefficient de détermination de régression

L'effet significatif de l'interaction entre les génotypes et les environnements concernant l'expression du rendement montre que les clones réagissent différemment aux environnements. Ceci indique l'importance et la nécessité d'établir des tests multilocaux des clones nouveaux et améliorés avant leur diffusion aux producteurs. Les paramètres de stabilité de rendement repris au Tableau 6 montrent que les clones CIP-381381.20 et CIP-380022.2, plus performants que les autres génotypes au point de vue rendement, sont stables et bien adaptés aux environnements favorables à la production de la pomme de terre. Les rendements de ces deux clones étaient plus élevés que la moyenne des rendements, leurs coefficients de variation étaient faibles et leurs coefficients de régression supérieurs à l'unité.

Les Figures 1 et 2 donnent quelques indications sur la variation de l'incidence du mildiou et de la bactériose par rapport aux sites représentant différents environnements. La Figure 1 confirme que le mildiou, tout en étant présent et destructif en zones de haute altitude, peut causer des dégâts en moyennes et basses altitudes (Bhagasari et al. 1994). Les clones CIP-381381.20 et CIP-380022.2 ont exhibé une tolérance moyenne qui pourrait être conservée pendant longtemps à condition que ces deux clones ne soient pas porteurs d'une combinaison de gènes R spécifiques à la résistance au mildiou qui influencent la perte de cette tolérance/résistance relative (Mendoza, 1993). En ce qui concerne l'expression du flétrissement bactérien en fonction des environnements, la Figure 2 montre que, à l'exception de Cruza et CIP- 391792.9, qui se sont averés plus tolérants, les autres génotypes n'ont pas été, de façon remarquable, ni hautement tolérants ni susceptibles aux environnements specifiques. La Figure 2 confirme que la bactériose n'est pas active en zones de haute altitude (Sikka et al. 1997). Il est toutefois important de prévenir, par l'utilisation des tubercules semences de bonne qualité et indemnes de bactériose, l'infection latente qui pourrait étendre la maladie dans les environnements où elle n'existe pas encore (Tusiime et al. 1996).

CONCLUSION

Sur la base des évaluations multilocales qui ont été conduites à l'est de la R.D. Congo, il a été démontré que les clones CIP-381381.20 et CIP-380022.2 sont les plus productifs, stables et assez tolérants au mildiou et à la bactériose. Etant tolérants au mildiou, ces clones nécessiteront peu d'application de fongicides (dithane M-45, ridomyl). Cela réduirait le coût d'acquisition des fongicides coûteux et importés de l'extérieur du pays. Quant à la bactériose, elle peut être contrôlée en utilisant des tubercules semences exempts d'infection latente de bactériose sur des parcelles non infectées. Les clones CIP-381381.20 et CIP-380022.2 seront diffusés, par les chercheurs de l'INERA-Mulungu en collaboration avec les structures d'encadrement d'agriculteurs, auprès des producteurs de la pomme de terre afin de contribuer à la sécurité alimentaire. Pour assurer la diffusion rapide de ces deux nouvelles variétés potentielles de pomme de terre à l'est de la R.D. Congo, un système efficace de production et de distribution des semences de bonne qualité, indemnes de mildiou et de bactériose latente doit être mis en place en association avec les paysans multiplicateurs des semences, les agences de vulgarisation et les institutions non-gouvernementales de développement. Les tubercules semences de base à utiliser dans ce système devront provenir de l'INERA, Mulungu.

REMERCIEMENTS

Les auteurs remercient vivement le CRDI (Centre de Recherche pour le Développement International, Canada) pour le soutien financier reçu dans le cadre du projet "IDRC small grants No. 001495". Ils sont reconnaissants au CIP et au PRAPACE pour avoir mis à leur disposition le germoplasme de la pomme de terre ainsi que l'appui scientifique et un apport financier additionnel sans lesquels ce travail n'aurait pas pu se réaliser. Ils remercient les agronomes de l'INERA, Mulungu et les paysans qui ont participé à la mise en place des essais et à la collecte des données. Ils tiennent à remercier aussi Messieurs M. Ngongo et K. Elukesu pour l'assistance lors des travaux de terrain et pour les analyses statistiques.

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