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African Population Studies
Union for African Population Studies
ISSN: 0850-5780
Vol. 17, Num. 1, 2002, pp. 19-45

African Population Studies/Etude de la Population Africaine, Vol. 17, No. 1, May 2002, pp. 19-45

Besoins non-satisfaits en planification familiale et transition contraceptive au Burkina Faso, au Cameroun et en Côte d'Ivoire

AKOTO Eliwo M.[1], TAMBASHE B. Oleko[2], AMOUZOU Agbessi[3], DJANGONE Anne-Marie Rachelle[4]

Code Number: ep02002

Résumé :

A partir des données EDS du Burkina, Cameroun et Côte d'Ivoire, cette étude montre que ces 3 pays qui connaissent tous un niveau faible de la demande potentielle de PF et un poids très important des besoins non-satisfaits en PF dans cette demande sont encore au début de leur processus de transition contraceptive. Chez les femmes en union, l'évolution de ces 2 composantes du processus révèle des tendances contrastées dans les 3 pays, et les variations selon l'âge des BNS en espacement et en limitation des naissances indiquent que le désir de limiter le nombre d'enfants survient plus tardivement au Burkina et au Cameroun qu'en Côte d'Ivoire. Les résultats des analyses de régression logistique multivariées ont mis en exergue, d'une part les déterminants majeurs qui agissent de façon significative sur les 2 types de BNS et, d'autre part les déterminants mineurs dont l'action n'est significative que sur l'un ou l'autre type de BNS. Parmi les premiers, il y a l'état matrimonial (significatif dans les 3 pays), l'attitude de la femme face à la PF (Cameroun et Côte d'Ivoire), et l'instruction de la femme et l'attitude du conjoint (Cameroun). Parmi les derniers, les facteurs d'occidentalisation (urbanisation, occupation de la femme, instruction) réduiraient les BNS en espacement, alors que ceux caractérisant les relations au sein du couple (discussion sur la PF, préférence du conjoint en matière de fécondité et son attitude face à la PF) influenceraient davantage les BNS en limitation. Les résultats de cette étude plaident, au plan des programmes, pour la réduction des inégalités d'accès aux services de SR/PF entre milieux d'habitat, la diversification des services et la mise en œuvre d'une stratégie avancée pour l'atteinte des populations les moins bien servies. Ils plaident également pour un renforcement des actions de communication pour le changement de comportement, en direction des femmes rurales en particulier, l'habilitation de la femme par la promotion du dialogue au sein du couple, et la promotion du dialogue parents-enfants pour l'éducation des enfants dans leurs futurs rôles en tant parents.

Abstract:

Using DHS data from Burkina Faso, Cameroon and Cote d'Ivoire, this study indicates that these three countries, which have a low level of the potential demand for Family Planning and a huge proportion of unsatisfied Family Planning needs regarding this demand, are yet in the embryonic stage of their contraceptive transition. Among married women, the evolution of the two components of this process reveals contradicting trends in the three countries under study, and variations in terms of the age of unsatisfied needs in birth spacing and limitation indicate that the desire to limit the number of children occurs much later in Burkina Faso and Cameroon than in Cote d'Ivoire. The results of multivariate logistic regression analysis are emphasized, on the other hand the major determinants, which act significantly on the two types of unsatisfied needs and minor determinants, whose action is only significant on one type of unsatisfied need or another. The first group entails marital status (significant in the three countries), women's attitude towards Family Planning (Cameroon and Cote d'Ivoire) and women's education and the spouse's attitude (Cameroon). Amidst the latter, the factors of westernization (urbanization, women's occupation, education) will reduce the unsatisfied needs spacing, while those characterizing relations within a couple (discussions on Family Planning, spouse's preference regarding fertility and attitude towards Family Planning) will further influence the limitation of unsatisfied needs. The findings of this study advocate for the reduction of the inequality in access to Reproductive Health/Family Planning services between place of residence, the diversification of services and implementation of an advanced strategy in order to reach the least served populations. The study also calls for a reinforcement of communication actions for behaviour change towards rural women in particular, empowerment of women through the promotion of dialogue among couples, and the promotion of parents-children dialogue for the education of children in their future roles as parents.

Introduction

Dans la plupart des pays d'Afrique au sud du Sahara, la baisse de la fécondité, bien que réelle, demeure encore timide. En dehors des pays comme l'Afrique du Sud, le Botswana, le Kenya et le Zimbabwe, et, de manière générale, des villes dans la plupart des pays, les dernières enquêtes démographiques et de santé (EDS) indiquent que le nombre moyen d'enfants par femme en fin de vie reproductive est resté pratiquement stable dans certains pays comme le Niger (7.5), le Burkina (6.8) ou n'a connu qu'une baisse de moins de 1 enfant par femme dans la majorité des pays (Cohen, 1993 ; Tabutin, 1997 ; Tabutin et Schoumaker, 2001, Shapiro et Tambashe, 2002). Pourtant, depuis les années 1980, on assiste à une expansion des programmes de santé reproductive et de planification familiale (SR/PF) qui visent la maîtrise de la fécondité pour une meilleure santé de la mère et de l'enfant (National Research Council, 1993a).

Les actions dans ce domaine se sont multipliées non seulement de la part des gouvernements en place, mais aussi de celle des organisations non-gouvernementales (ONG). En effet, dans tous les pays d'Afrique subsaharienne, il existe des associations chargées du bien-être de la famille. Dans le cas des trois pays concernés dans cette étude[5], on citera notamment l'Association Burkinabè pour le bien-être familial, le Cameroon National Association for Family Welfare (CAMNAFAW) au Cameroun, et l'Association ivoirienne pour le bien-être familial. Pour la mise en œuvre de leurs programmes en santé reproductive, ces pays bénéficient généralement de l'assistance financière ou technique d'organismes de coopération bilatérale et multilatérale.

Mais, malgré la mise en œuvre de tous ces programmes, le niveau de prévalence contraceptive moderne demeure relativement faible. Selon les données des dernières EDS de 1998-99, il varie de 6% au Burkina Faso (Institut national de la statistique et macro international, 2000), 8% au Cameroun (Fotso et al., 1999) à 10% en Côte d'Ivoire (Institut national de la statistique et ORC Macro, 2001). Ces niveaux placent les trois pays dans la catégorie des pays émergents selon la typologie de l'Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID) (Destler et al., 1990). Pourtant, dans la plupart des pays francophones d'Afrique au sud du Sahara, les besoins en PF existent et sont relativement élevés parmi les femmes en âge de procréer. Une proportion importante de ces femmes ne recourt pas à la contraception malgré leur désir d'espacer ou de limiter les naissances. Des efforts restent encore à faire. Mais comment les apprécier ?

Si le niveau de prévalence contraceptive permet d'apprécier les efforts atteints en matière d'intervention dans le domaine de la SR/PF, son unique évaluation ne suffit pas pour cerner l'étendue de ce qui reste à faire. Le recours à d'autres indicateurs comme le niveau de la demande potentielle de contraception et surtout le poids des besoins non-satisfaits en matière de PF (BNS) dans cette demande s'avère parfois indispensable. La mesure des BNS indique globalement non seulement les efforts restant à faire, mais aussi le niveau de pénétration (« trickle down ») des services de SR/PF et de sensibilisation des femmes en âge de procréer. A partir des indicateurs que sont la demande totale, les besoins satisfaits et les besoins non-satisfaits en PF, Harbison (1995) a défini les différentes phases de la transition contraceptive dans une population.

Cet article, fruit des analyses secondaires des données EDS collectées dans chacun des pays concernés par l'étude (Akoto et al., 2000a, b, c) a essentiellement pour buts d'une part, (i) de situer le niveau des BNS dans la demande potentielle de contraception, (ii) d'en dégager les tendances et, d'autre part, (iii) d'examiner les caractéristiques principales des femmes éprouvant des BNS et (iv) de cerner les déterminants des BNS au Burkina Faso, au Cameroun et en Côte d'Ivoire, trois pays qui se trouvent à un même stade dans le processus de la transition contraceptive selon la classification de Harbison (1995) ou la typologie de l'USAID (Destler et al., 1990). L'article comprend quatre sections. La première présente les données et la méthodologie de l'étude. L'analyse des niveaux et tendances des BNS est abordée dans la deuxième section. La troisième est consacrée à l'étude des déterminants des BNS. Le papier s'achève par la discussion des résultats et les implications qui en découlent pour les programmes de SR/PR pour les pays concernés par l'étude et, de manière générale, pour les pays francophones avec lesquels ces derniers partagent des caractéristiques similaires sur le plan des programmes.

Méthodologie

Source de données

Cet article utilise les données des deux enquêtes démographiques et de santé réalisées au Burkina Faso en 1993 et 1998-99, au Cameroun en 1991 et 1998 et en Côte d'Ivoire en 1994 et 1998-99. Les analyses ont porté sur un échantillon représentatif de femmes en âge de procréer, variable selon les pays, soit respectivement  6354 et 6445 cas au Burkina Faso, 3871 et 5501 au Cameroun, et 8099 et 3040 en Côte d'Ivoire.

Avant d'en venir aux résultats de l'étude, il convient de préciser la méthodologie utilisée pour les analyses et de définir quelques concepts utilisés dans cette étude, notamment les besoins non-satisfaits en PF (BNS), la demande potentielle de planification familiale (DP) et la transition contraceptive.

Quelques définitions de concepts clés

Besoins non-satisfaits en PF

Les BNS ont été estimés pour la première fois par Westoff à partir des données de l'enquête mondiale sur la fécondité réalisée entre 1974 et 1984. A cette époque, les BNS désignaient la proportion des femmes en période reproductive qui déclarent avoir atteint le nombre d'enfants désirés, mais qui ne pratiquent pas la contraception et qui sont exposées au risque de grossesse (Westoff, 1978 ; Conception, 1981, cité par Population Reports, 1996). Utilisant les enquêtes sur la prévalence contraceptive, Nortman (1982) étend la définition des BNS aux femmes qui désirent attendre au moins deux années avant leur prochaine naissance mais qui ne recourent à aucune méthode de contraception.

Avec les données EDS, Westoff et Ochoa (1991) excluent de la mesure les femmes enceintes ou en période d'aménorrhée post-partum suite à l'échec de la contraception, alors qu'elles étaient jusque-là considérées comme ayant des BNS. Jusqu'en 1991, la mesure des BNS porte exclusivement sur les femmes en union. Mais cette définition est trop restrictive et ne peut en aucun cas refléter le niveau réel des BNS au sein des femmes en âge de procréer (Dixon-Mueller et Germain, 1992). Tenant compte des critiques formulées à l'encontre de la mesure du phénomène, Westoff et Bankolé (1995) étendent, pour la première fois, la définition des BNS aux femmes non mariées (célibataires, divorcées, séparées ou veuves). Ainsi, le concept de « besoins non-satisfaits », limité dans les années 1970-1980 aux seules femmes en union, inclut dorénavant toutes les femmes, mariées ou non, qui déclarent vouloir attendre au moins deux années avant la prochaine naissance ou dont la grossesse est due à un accident ou simplement non désirée, et celles qui sont indécises par rapport à une prochaine naissance.

Dans cette étude, la définition retenue est celle utilisée par Macro International dans le cadre de leurs enquêtes démographiques et de santé réalisées dans les 3 pays concernés par l'étude. Pour Macro international, les BNS concernent « les femmes [actuellement en union][6] non-utilisatrices de la contraception qui ont déclaré qu'elles ne voulaient plus d'enfants (limitation des naissances) et celles qui ont déclaré vouloir attendre 2 ans ou plus avant d'avoir un autre enfant (espacement des naissances)(...) ».

Demande potentielle de planification familiale[7]

C'est l'ensemble des femmes éprouvant un besoin en planification familiale, que ce besoin soit satisfait ou non. La demande potentielle (DP) est ainsi composée de toutes les femmes ayant satisfait leur besoin en PF, de celles éprouvant un BNS, autrement dit de celles dont le besoin en PF n'est pas satisfait, et de celles ayant subi un échec de la contraception. Au point de vue des programmes, cette notion est intéressante, car elle permet d'apprécier la dimension du « marché potentiel» de la contraception. Le poids de chacune des composantes des BNS dans l'ensemble, exprimé en termes de demande potentielle, permet d'apprécier les efforts déployés et à déployer en matière de communication pour le changement de comportement (CCC ou 3C) d'une part, et du point de vue de l'offre de services en PF d'autre part, pour enclencher le processus de transition contraceptive susceptible de peser significativement sur le cours de l'évolution démographique, à travers notamment la transition de la fécondité. Si les BNS représentent par exemple 10% ou 90% de la demande potentielle de PF, les efforts à fournir ne seront pas de même nature : dans le premier cas, on peut se contenter d'un programme de CCC ou d'Information, Education, Communication (IEC) léger ; dans le second, on doit (re)dynamiser tout le programme en mettant l'accent aussi bien sur les 3C pour la création de la demande que sur l'offre des services (en termes, entre autres, de diversification et intégration des services, utilisation de la stratégie avancée dont la distribution à base communautaire, amélioration de la qualité des services, etc.) pour satisfaire les besoins de la population. L'examen des BNS en termes absolus ne permet pas de faire ressortir cette distinction.

Transition contraceptive

Par ailleurs, le poids des besoins non-satisfaits permet de déterminer la phase du processus des changements des comportements contraceptifs et, au niveau macro, la demande de contraception où se trouve un pays. Harbison (1995) a en effet élaboré un cadre reprenant la demande potentielle, les proportions des BNS et des besoins satisfaits en PF selon les différentes phases de cette transition. Ainsi, en phase pré-transitionnelle, la demande potentielle, tout comme le besoin satisfait et le besoin non-satisfait, sont faibles. Au début de la transition, la demande potentielle est modérée, le besoin satisfait faible et le besoin non-satisfait élevé. Pendant la période intermédiaire, les trois composantes sont respectivement de niveau élevé, modéré et modéré. Enfin, au cours de la dernière phase, elles sont respectivement d'intensité élevée, élevée et faible.

Si le cadre paraît intéressant, son application pose cependant quelques problèmes, notamment celui de l'appréciation, dans différents contextes, de ce qui est faible, modéré ou élevé. Harbison (1995) suggère que les pays en dernière phase de la transition se caractérisent par une demande potentielle élevée et le poids des BNS dans cette demande inférieur à 20%. Par contre, dans les pays en début de transition, les BNS représentent la proportion la plus élevée de la demande potentielle.

Méthode d'analyse

Dans ce travail, l'analyse porte sur la variable composite « besoins non-satisfaits en PF[8] ». Dans un premier temps, on aura recours à l'analyse descriptive simple pour étudier le niveau et la tendance des BNS selon certaines caractéristiques de la femme et du conjoint. Dans cette perspective, deux approches sont utilisées comme illustré dans le schéma d'analyse des données (graphique 1). On évalue d'abord le niveau de la demande potentielle de la contraception. On mesure ensuite le poids des BNS dans cette demande potentielle.

L'analyse de la demande potentielle permet de rendre compte du niveau de la demande de contraception chez les femmes en âge de procréer. Elle met en évidence les besoins en PF exprimés par la population d'une part, et les éléments susceptibles de favoriser son augmentation, d'autre part. La seconde approche fait ressortir le poids des BNS dans la demande potentielle de contraception. L'importance des BNS par rapport aux besoins satisfaits montrera les efforts restant à fournir au niveau des programmes de SR/PF pour augmenter le taux de prévalence contraceptive.

Dans un deuxième temps, on procédera, à l'aide de la régression logistique, à l'analyse multivariée en vue de cerner les déterminants des BNS. Il s'agit d'identifier ce qui différencie les femmes ayant des BNS de celles dont le besoin en PF est satisfait. La variable dépendante BNS prendra comme valeur 1 quand la femme éprouve des BNS, autrement elle prend la valeur 0.

Demande potentielle et besoins non-satisfaits en PF

La demande potentielle de planification familiale est l'expression de la condition de toutes les femmes ayant un besoin en PF, que ce besoin soit satisfait ou non, ainsi que de celles qui ont connu un échec de la contraception. Dans la plupart des pays de l'Afrique subsaharienne, les données EDS montrent qu'elle est loin d'atteindre les 100% (Shah, 1998). Parmi les femmes éprouvant un besoin en PF, nombreuses sont celles qui ne le satisfont pas.

Niveaux et tendances des BNS

La demande potentielle de PF en 1998-99 va de 34 % des femmes en âge de procréer au Burkina Faso à 40 % en Côte d'Ivoire, en passant par 38 % au Cameroun. Autrement dit, si les besoins de toutes les femmes en PF étaient satisfaits, au maximum 2 femmes sur 5 avec des BNS auraient recours à la contraception moderne dans un pays comme la Côte d'Ivoire[9]. Ce n'est pas rigoureusement le cas ; le poids des BNS est en effet très important dans les trois pays. Il est plus élevé au Burkina Faso où 2 femmes sur 3 ayant un besoin de PF n'arrivent pas à les satisfaire. Cette proportion atteint 49 % en Côte d'Ivoire et 37 % au Cameroun. Les trois pays étudiés se trouveraient ainsi au tout début de la transition contraceptive, le Burkina étant celui le plus à la traîne.

Quant à l'évolution de la demande potentielle et des BNS, elle porte uniquement sur les femmes en union, faute de données idoines[10]. Alors qu'en Côte d'Ivoire, la demande potentielle de PF chez les femmes en union a progressé environ de 10 % durant la période 1994-1998/99, elle a régressé de 22 % au Burkina Faso entre 1993 et 1998-99 et de 7 % au Cameroun entre 1991 et 1998. Le poids des BNS dans cette demande a également suivi une évolution différenciée dans les trois pays : alors qu'il a sensiblement augmenté au Burkina Faso (passant de 50 % à 68 %), il a diminué au Cameroun de 57 % à 50 %. En d'autres termes, sur la base du seul critère retenu ici, on serait tenté de dire que les programmes de PF mis en place durant les années 1990 ont été plus efficaces au Cameroun qu'au Burkina Faso. En Côte d'Ivoire, on retiendra qu'en dépit de la baisse observée, le poids des BNS dans la demande potentielle de PF demeure très élevé (65 %).

En définitive, le niveau des BNS est très élevé dans les trois pays étudiés, plus particulièrement au Burkina Faso et en Côte d'Ivoire où près de 7 femmes sur 10 éprouvant des besoins en PF n'arrivent pas à les satisfaire. Compte tenu de l'ampleur de la demande potentielle, les efforts doivent être fournis pour rendre les méthodes contraceptives plus accessibles aux femmes en âge de procréer. On devra également chercher à changer les mentalités pro-natalistes ayant cours dans les pays étudiés à travers notamment un renforcement des actions de communication pour le changement de comportements en matière de PF. L'analyse de l'évolution de la demande de PF et du poids des BNS confirment la difficulté que rencontrent les trois pays, en particulier le Burkina Faso, d'entamer leur processus de transition contraceptive.

Ces chiffres globaux masquent les variations selon un certain nombre de caractéristiques de la femme telles que l'âge, l'état matrimonial, le nombre d'enfants nés vivants, le niveau d'instruction, le milieu de résidence et son attitude face à la PF. Comme déjà souligné, les tendances sont analysées uniquement pour les femmes en union et portent sur le milieu de résidence.

Age de la femme

La plupart des études portant sur les BNS ont identifié l'âge comme un facteur important de différenciation du phénomène chez les femmes (Djangone, 1999). La demande potentielle de contraception et les BNS varient selon l'âge dans les trois pays étudiés selon des schémas différents. La Côte d'Ivoire se démarque des autres pays : alors que la demande potentielle de PF y diminue avec l'âge, partout ailleurs, elle varie peu en dehors des groupes d'âge extrêmes. Contrairement à la demande potentielle, le poids des BNS dans celle-ci varie avec l'âge dans les trois pays. Partout, sauf au Burkina Faso, il augmente avec l'âge jusqu'à 35 ans avant de se stabiliser ou de connaître une légère baisse (graphique 2). Chez les femmes burkinabé en revanche, le poids des BNS s'accroît sensiblement au-delà de 35 ans. En d'autres termes, les jeunes générations satisfont proportionnellement plus leurs besoins en PF que les générations plus âgées. Au Cameroun, alors qu'environ 70% des adolescentes ou des jeunes femmes (20-24 ans) ayant un besoin de contraception arrivent à le satisfaire, cette proportion ne dépasse guère 60% dans les groupes d'âge plus élevés. Cela peut s'expliquer, entre autres, par la différence de scolarisation favorable aux jeunes, et le degré d'attachement aux valeurs pro-natalistes véhiculées par les modèles culturels traditionnels chez les femmes plus âgées.

Enfin, les tendances selon l'âge diffèrent selon la nature des BNS. En effet, alors que le poids des BNS en espacement décroît avec l'âge, celui des BNS en limitation a plutôt tendance à augmenter à mesure qu'on avance en âge. Quel que soit le pays, les femmes jeunes, en général nullipares ou de faible parité, ressentent beaucoup plus le besoin d'espacer que de limiter leurs naissances. Par contre, aux âges élevés, les BNS en limitation deviennent prépondérants, avec un maximum au Burkina Faso (graphique 2).

Etat matrimonial

Pendant longtemps, les BNS ont été calculés uniquement pour les femmes mariées, car le mariage fut longtemps considéré comme le cadre idéal de la procréation. Mais l'augmentation récente de la fécondité extra maritale a poussé certains auteurs (Westoff et Bankole, 1995) à prendre en compte les femmes non mariées (célibataires, divorcées, séparées et veuves) dans le calcul des BNS. Aussi, l'état matrimonial est-il devenu un élément déterminant dans la prise de décision en matière de recours contraceptif. Toutes choses étant égales par ailleurs, on suppose en général que les femmes non mariées sont plus enclines à recourir à la contraception et moins nombreuses à avoir des BNS que celles qui vivent en union.

La demande potentielle de contraception des femmes mariées est supérieure à celle des femmes non mariées dans l'ensemble des pays étudiés. Elle varie de 38 % au Burkina Faso à 43 % en Côte d'Ivoire. Cependant, le Cameroun se démarque des 2 autres pays par de très faibles écarts entre les différentes catégories de femmes. En l'occurrence, les femmes célibataires ont pratiquement le même niveau de DP que les mariées. Cette demande potentielle de contraception reste dans une large mesure très peu satisfaite chez les femmes en union dont moins de la moitié accède à la contraception désirée alors qu'elles en éprouvent le besoin (tableau 1). Par ailleurs, on note que les femmes en union vivant au Burkina Faso et en Côte d'Ivoire sont celles dont les besoins en PF sont les moins satisfaits : environ 2 sur 3 n'arrivent pas à satisfaire leurs besoins. Cette situation est d'autant plus préoccupante que c'est également les seuls pays où le poids des BNS dans la demande potentielle s'est sensiblement accru depuis les premières EDS qui y ont été réalisées (EDS I). Cela traduirait soit l'inefficacité des services de PF, soit celle des stratégies 3C en direction des couples, soit les deux facteurs à la fois. On note par ailleurs que, quel que soit le pays, les célibataires et les autres femmes satisfont plus que les femmes en union leurs besoins en contraception, ce qui confirme notre hypothèse de base. Plus particulièrement au Cameroun, plus de 90 % des premières n'ont pas de BNS contre 49 % chez les femmes en union.

Enfin, dans les 3 pays, la nature des besoins non-satisfaits en contraception varie selon le statut matrimonial. Les femmes en union éprouvent aussi bien des BNS en espacement qu'en limitation contrairement aux célibataires et, dans une moindre mesure, des divorcées et séparées qui n'enregistrent quasi exclusivement que des BNS en espacement des naissances. Les différences d'âge et de parité entre ces deux groupes expliquent en grande partie ce phénomène.

Nombre d'enfants nés vivants

La relation entre la parité et les BNS permet de cerner le désir des femmes pour des familles de petite ou de grande taille. Puisque le comportement d'une femme face à la PF dépend, entre autres, du nombre d'enfants qu'elle a déjà eus (Djangone, 1999), la parité devrait influencer à la fois la demande potentielle et les besoins en espacement ou en limitation des naissances. Le graphique 3 le confirme nettement puisque la demande potentielle de contraception croît avec la parité des femmes. Au Cameroun, elle varie de 33 % chez les nullipares à 65 % chez les femmes ayant au moins 12 enfants, contre respectivement de 15 % et 55 % au Burkina Faso. Le poids des BNS dans cette demande tend également à augmenter. Cette augmentation du poids des BNS en fonction de la parité met en évidence deux schémas contrastés dans les 3 pays : une évolution en U inversé des BNS en espacement et une évolution croissante des BNS en limitation des naissances.

Toutefois, le seuil de parité à partir duquel il y a retournement ou accélération de la tendance varie d'un pays à l'autre, soit respectivement 6 enfants au Cameroun, 7 en Côte d'Ivoire et 8 au Burkina Faso. Cette évolution en crescendo prouve que la notion de taille idéale de la famille varie dans les 3 pays. En effet, au-delà du seuil de parité dans chaque pays, l'importance respective de chaque type de BNS change. Alors que les BNS en espacement des naissances sont plus importants que ceux en limitation tant que cette parité n'est pas atteinte, au-delà, c'est l'inverse qui s'observe. Toutefois, le fait que certaines femmes ayant au moins 8 enfants expriment encore des BNS en espacement des naissances traduit leur attachement aux valeurs pro-natalistes ; cela est particulièrement vrai au Burkina Faso, et cela est d'autant plus compréhensible que le poids des femmes rurales est écrasant dans ce pays.

Milieu de résidence

En Afrique au sud du Sahara, les services de PF sont inégalement repartis entre les milieux ruraux et urbains (National Research Council, 1993b). De plus, le fait de résider en ville expose les femmes à la "modernité", laquelle peut en retour influencer leurs comportements contraceptifs et reproductifs. Partant, on s'attend à ce que la demande potentielle de contraception et le poids des besoins non-satisfaits varient selon le milieu d'habitat.

Ainsi, la demande potentielle de contraception est très élevée en milieu urbain, en particulier dans les grandes villes ou les villes-capitales, et faible en milieu rural (tableau 2a). La faiblesse de la demande de contraception en milieu rural pourrait traduire un plus grand attachement aux normes traditionnelles de procréation pro-natalistes qui ne favorisent guère le recours à la contraception. Par ailleurs, en considérant le poids des BNS dans la demande potentielle, il se confirme dans les trois pays que les citadines parviennent à mieux satisfaire leurs besoins en contraception que leurs consœurs du milieu rural. Cela est notamment vrai au Burkina Faso où moins de 3 femmes rurales sur 10 éprouvant un besoin en PF parviennent à le satisfaire, contrairement à celles résidant en ville dont deux tiers accèdent aux besoins en PF (tableau 2a). L'analyse de la demande potentielle et du poids des BNS selon le milieu montre que dans les trois pays étudiés et particulier au Cameroun, le milieu urbain se trouve à un stade plus avancé du processus de transition contraceptive que le milieu rural, le décalage le plus important étant observé au Burkina Faso. Ce résultat tend à accréditer le schéma de transition à 3 étapes observé par Shapiro et Tambashe (2002) dans leur analyse des cheminements de la transition de la fécondité selon le milieu d'habitat en Afrique subsaharienne.

Dans les trois pays, la demande potentielle de contraception et le poids des BNS dans cette demande, chez les femmes en union, ont évolué, selon des schémas différents dans les deux milieux d'habitat (tableau 2b). Alors que la demande de contraception a baissé dans les grandes villes ou dans les villes-capitales, elle a plutôt augmenté dans les villes secondaires, à l'exception du Burkina Faso où le tissu urbain est peu développé en dehors de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. Par ailleurs, en milieu rural, cette demande a considérablement baissé au Burkina Faso (passant de 47 % à 35 %), alors qu'elle a augmenté en Côte d'Ivoire et au Cameroun.

Toujours chez les femmes en union, le poids des BNS dans la demande de contraception est exceptionnellement élevé dans les trois pays. Toutefois, il est en diminution partout, sauf au Burkina Faso où on enregistre une très légère hausse dans les grandes villes (43% à 44%) et une hausse très sensible en milieu rural (50% à 73%) (tableau 2b). Lorsque c'est le cas, la baisse du poids des BNS est généralement plus forte en milieu urbain qu'en milieu rural ; cela est particulièrement vrai au Cameroun.

Niveau d'instruction

De façon générale, l'instruction de la femme améliore sensiblement la prévalence contraceptive d'une part, et favorise des aspirations pour une famille de petite dimension d'autre part. Ainsi, on s'attend à ce que la demande de contraception augmente avec le niveau d'instruction et que le poids des BNS dans cette demande diminue. Comme attendu, la demande potentielle est plus élevée chez les femmes ayant au moins le niveau secondaire (tableau 3a). C'est également chez ces dernières qu'on enregistre peu de BNS. A l'opposé, les illettrées enregistrent la DP la plus faible et le poids des BNS le plus élevé, quel que soit le pays.

Les écarts entre les différentes catégories de femmes varient d'un pays à l'autre. La différence dans la DP entre les femmes sans instruction et celles ayant atteint le niveau secondaire est plus grande au Cameroun, soit 34 points contre18 et 22 au Burkina Faso et en Côte d'Ivoire, respectivement (tableau 3a).

Il en est de même du poids des BNS dans la demande potentielle. Au Cameroun, les illettrées sont en effet proportionnellement 5 fois plus nombreuses que les femmes du secondaire ou plus à ne pas utiliser les méthodes contraceptives efficaces alors qu'elles en ressentent le besoin. Dans les deux autres pays, cette proportion est 4 fois plus élevée.

Quel que soit le niveau d'études, les femmes ressentent, dans les trois pays étudiés, beaucoup plus les BNS en espacement que ceux en limitation (tableau 3b). Les BNS en espacement représentent environ les deux tiers de tous les BNS chez toutes les femmes.

Attitude de la femme face à la PF

L'opinion que la femme se fait de la PF détermine en partie son comportement contraceptif. Cette opinion est en partie influencée par la perception que la femme a de l'attitude et de l'opinion des personnes de son entourage qui constituent son réseau de support social, et en particulier de son conjoint. Lorsque la femme approuve la PF, elle est plus encline à recourir à la contraception et enregistre moins de BNS. Cette présomption est confirmée au Cameroun et en Côte d'Ivoire où plus de la moitié des femmes qui ont une opinion favorable sur la PF éprouvent des besoins en contraception. Le cas du Burkina Faso est assez atypique dans la mesure où seules 4 femmes sur 10 qui approuvent la PF en manifestent le besoin. Les femmes qui se déclarent indifférentes à la PF ont partout une demande supérieure à celle de leurs consœurs qui s'y opposent (tableau 4a). Sauf au Burkina Faso, à une opinion favorable de la PF correspond un poids des BNS dans la demande potentielle relativement faible comparé aux autres modalités. On notera par ailleurs que les femmes indifférentes ou ayant une opinion défavorable à la PF enregistrent pratiquement le même poids des BNS. Autrement dit, l'indifférence ou l'opposition à la PF ne distingue nullement les femmes par rapport aux BNS. La situation est toutefois différente pour les femmes en union chez lesquelles la désapprobation serait associée à plus de BNS que l'indifférence (tableau 4a).

Selon leur nature, les BNS en espacement sont prépondérants chez l'ensemble des femmes. Lorsque la femme a une opinion négative ou se déclare indifférente à l'égard de la PF et éprouve quand même des BNS, ces derniers sont presque exclusivement relatifs à l'espacement des naissances dans 74 % (Cameroun) et 88 % (Côte d'Ivoire) de cas chez les femmes qui désapprouvent la PF (tableau 4b). Ces proportions varient respectivement de 66 % au Cameroun à 83 % au Burkina Faso chez celles qui y sont indifférentes.

Au total, si une opinion favorable à la PF augmente sensiblement la demande potentielle de contraception et réduit de façon considérable le poids des BNS, cela montre clairement la nécessité de renforcer les programmes de communication pour le changement de comportement en vue de la promotion des comportements contraceptifs adéquats.

Les résultats de ces analyses descriptives ont permis de mettre en évidence un certain nombre de catégories de femmes en âge de procréer ayant d'importants BNS en PF. Il s'agit notamment des femmes vivant en union, résidant en milieu rural, illettrées, ou ayant une perception négative de la PF. Parallèlement, elles ont mis en exergue le fait que certaines femmes éprouvent des BNS en espacement des naissances tandis que d'autres ne parviennent pas à satisfaire leur désir de limiter leur nombre d'enfants. Dans un cas comme dans l'autre, il est difficile de distinguer avec précision les facteurs qui déterminent un type particulier des BNS à partir des résultats de cette analyse descriptive. Ainsi, pour mieux affiner et orienter les programmes de PF, il est plus utile de recourir aux analyses multivariées de manière à faire ressortir, à partir de la régression logistique, les facteurs explicatifs des BNS en espacement d'une part et en limitation d'autre part.

Déterminants des BNS

Le tableau 5 présente les résultats de l'analyse de régression logistique des facteurs associés à l'expression chez les femmes en âge de procréer des besoins non-satisfaits en PF. L'examen des risques relatifs (RR) des BNS en espacement et en limitation des naissances permet d'identifier trois catégories de variables selon l'influence qu'elles exercent sur les deux types de BNS. La première catégorie, qu'on peut qualifier de déterminants majeurs des BNS par commodité de langage, comprend les variables dont l'action est significative sur les deux types de BNS. La seconde catégorie est constituée des variables qui agissent uniquement sur l'un ou l'autre type de BNS. Ces variables constituent les déterminants mineurs des BNS. La dernière catégorie regroupe toutes les autres variables non significatives au seuil de signification fixé (10 %).

Les déterminants majeurs des BNS

Le nombre et la nature des déterminants majeurs des BNS varient considérablement d'un pays à l'autre, soit six au Cameroun contre trois en Côte d'Ivoire et au Burkina Faso (tableau 5). Cette variation expliquerait les différences qui apparaissent dans les comportements de reproduction qui caractérisent les femmes avec des besoins non-satisfaits en PF dans les trois pays considérés. En outre, elle attire l'attention sur la nécessité de "contextualiser" les programmes de SR/PF.

Parmi les variables qui émergent comme déterminants majeurs des BNS, un certain nombre sont communs aux trois pays. C'est le cas de l'état matrimonial qui exerce une influence significative sur les BNS tant en espacement qu'en limitation des naissances. Partout, les femmes en union ont plus de chance d'avoir des BNS que leurs consœurs non mariées. Au Cameroun par exemple, les femmes en union sont 10 plus nombreuses que les non-mariées à éprouver des BNS en espacement et 3 fois plus nombreuses en limitation des naissances. Le niveau de risque change d'un pays à l'autre et selon la nature des BNS identifiés. En Côte d'Ivoire et au Burkina Faso, l'écart maximal de « chance » est enregistré pour les besoins en limitation (respectivement 10/1 et 16/1 contre 5/1 et 2.5/1 pour les besoins en espacement). Au Cameroun, c'est au contraire au niveau des BNS en espacement qu'on observe l'écart le plus important (RR : 5 pour les BNS en espacement contre 3 pour ceux en limitation). Autrement dit, comparées aux non-mariées, les femmes en union éprouvent plus de difficultés à limiter le nombre de leurs enfants dans les deux premiers pays qu'au Cameroun.

Sauf au Burkina Faso, l'attitude de la femme face à la PF influence également de façon significative l'existence des BNS en limitation et en espacement. Les femmes qui désapprouvent la PF courent plus de risque d'avoir des BNS tant en espacement qu'en limitation des naissances que celles qui l'approuvent (RR >= 1.9, p <5%, et RR = 9, p <1%, respectivement au Cameroun et en Côte d'Ivoire). Toutefois, il apparaît, assez paradoxalement, que ces femmes qui s'opposent à la PF ont plus de chance de rencontrer des problèmes pour espacer leurs naissances que pour les limiter, comparativement aux femmes qui approuvent la PF ; cela est particulièrement vrai en Côte d'Ivoire.

L'exposition aux messages de PF à travers la radio apparaît aussi comme un déterminant majeur des BNS, mais en Côte d'Ivoire seulement. Dans ce pays, les femmes qui ont déclaré avoir suivi un message sur la PF à la radio ont respectivement 2 et 5 fois moins de chance de connaître des BNS en espacement et en limitation que celles qui n'ont pas suivi de message sur la PF à travers ce média.

Par ailleurs, au Cameroun, le milieu de résidence apparaît aussi comme un déterminant majeur qui agit sur les BNS aussi bien en espacement qu'en limitation. Les femmes résidant en zones rurales y courent 2 fois plus de risque que les citadines d'avoir des BNS en espacement ou en limitation. En outre, toujours dans ce pays, le niveau d'instruction ressort également comme un déterminant majeur puisque le risque d'avoir des BNS en espacement et en limitation y est relativement plus élevé chez les femmes illettrées (RR = 15.8, p<1%) ou de niveau primaire (RR = 1.8, p<1%) que chez celles de niveau secondaire ou plus. Dans les deux cas, les illettrées rencontrent, paradoxalement, plus de problèmes pour espacer (RR = 15.8, p<1%) leurs naissances que pour les limiter (RR = 2.5, p<1%). On enregistre enfin un dernier déterminant majeur dans ce pays : la préférence du conjoint en matière de fécondité. Lorsque la femme veut plus d'enfants que son mari, elle a 40% moins de chance d'avoir des BNS en espacement que sa congénère qui désire avoir le même nombre d'enfants que son conjoint. L'ignorance de la préférence du mari en matière de fécondité, quant à elle, double ce risque pour les BNS en limitation.

Au Burkina Faso, la discussion au sein du couple apparaît comme un des déterminants majeurs des BNS. Elle contribue à réduire le risque des BNS. Les femmes qui discutent souvent de la PF avec leur conjoint ont entre 1.4 et 3.3 fois moins de chance de rencontrer des problèmes pour espacer (RR = 0.7, p<10%) ou pour limiter (RR = 0.3, p<1%) leurs naissances que celles qui n'en discutent jamais avec leurs conjoints.

En dehors de ces déterminants dits majeurs, on a distingué dans les trois pays, les facteurs qui agissent uniquement sur les BNS en espacement de ceux qui agissent exclusivement sur les BNS en limitation. Ce sont les déterminants mineurs.

Les déterminants mineurs des BNS

Comme pour les déterminants majeurs, le nombre et la nature de ces facteurs varient considérablement selon les pays. Pour ce qui concerne les BNS en espacement, la principale source d'information sur la PF est un facteur commun au Cameroun et à la Côte d'Ivoire. Alors que dans le premier, le risque d'avoir des BNS en espacement des naissances diminue lorsque l'information sur la PF provient du personnel de santé, il a plutôt tendance à augmenter dans le second. Ce résultat apparemment contradictoire pourrait avoir l'explication suivante : alors qu'en Côte d'Ivoire l'information susciterait une demande qui ne serait guère satisfaite immédiatement, elle conduirait plutôt les femmes camerounaises à adopter un comportement proactif, lequel, en retour, contribuerait à la réduction des BNS en espacement des naissances[11]. Par ailleurs, au Burkina Faso, l'exposition aux médias influence les BNS en espacement à travers la diffusion des messages sur la PF à la radio. En effet, comparée aux autres femmes, une Burkinabé ayant suivi des messages sur la PF à la radio est 1.7 fois plus susceptible d'avoir des BNS en espacement des naissances. Un niveau d'instruction élevé de la femme et le fait de résider en milieu urbain conduisent à la diminution des BNS en espacement tant en Côte d'Ivoire (RR >= 1.9, p <= 5%) qu'au Burkina Faso (RR >= 1.8, p < = 5%). Par ailleurs, comparée à une opinion favorable, une attitude incertaine du mari à l'égard de la PF accroît le risque de BNS en espacement des naissances dans les deux derniers pays (RR = > 1.9, p < 1%), alors que l'attitude défavorable du conjoint ne joue dans le même sens qu'au Burkina Faso (RR = 2.5, p < 1%).

Enfin, on notera que certaines variables agissent isolément sur la baisse ou l'augmentation du risque de BNS en espacement dans un pays donné sans qu'il soit possible d'observer une influence comparable ailleurs. Il en est ainsi de la préférence du conjoint en matière de fécondité en Côte d'Ivoire et de l'occupation de la femme au Burkina Faso.

Quant aux besoins non-satisfaits en limitation des naissances, ils sont influencés par la discussion au sein du couple au Cameroun, la principale source d'information sur la PF au Burkina Faso, et l'occupation de la femme en Côte d'Ivoire. Assez curieusement, les femmes camerounaises qui discutent souvent de la PF avec leur conjoint paraissent avoir 50% moins de chance d'éprouver des BNS en limitation des naissances que celles qui ne le font jamais. De même, les Ivoiriennes, ménagères de leur état, sont 2.5 fois plus enclines à être dans cette situation que leurs consœurs qui travaillent dans le secteur agricole ou dans l'informel (RR = 0.4, p < 10%). Par ailleurs, en Côte d'Ivoire comme au Burkina Faso, l'exposition aux médias influence également les BNS en limitation des naissances à travers la diffusion des messages sur la PF dans les journaux/posters/brochures. Cette exposition tendrait à faire baisser le risque d'avoir des BNS en limitation des naissances, comparée à la non-exposition (RR >= 0.2, p <= 10%).

En définitive, la hiérarchie ainsi établie entre les déterminants majeurs et mineurs des BNS montre la nécessité d'opérer des choix rigoureux sur des variables d'intervention stratégique en vue de réduire les BNS tant en espacement qu'en limitation des naissances. Evidemment, ces choix diffèreront d'un pays à l'autre en dépit de quelques points communs mis en évidence dans cette étude. Toutefois, il apparaît nettement que d'intenses efforts doivent être déployés afin d'offrir davantage de services de SR/PF aux couples ; de réduire les disparités rural-urbain en ce qui concerne l'offre des services de SR/PF ; et, enfin, d'engager des actions vigoureuses en faveur de la scolarisation des filles et de l'amélioration des conditions des femmes.

Discussion, conclusion et recommandations

Au terme de cette étude, il convient de rappeler quelques résultats saillants. Le premier concerne le niveau relativement faible de la DP (besoins non-satisfaits et besoins satisfaits) de planification familiale dans les trois pays étudiés. Cette DP ne dépasse guère 50% des femmes en âge de procréer : le Burkina Faso a enregistré la demande la plus faible et le Cameroun la plus élevée. En outre, malgré la faiblesse de cette demande, le poids des besoins non-satisfaits en PF est très important, variant de 37% au Cameroun à 64% au Burkina Faso, en passant par 49% en Côte d'Ivoire. Autrement dit, ces trois pays se trouvent au tout début de leur processus de transition contraceptive. Compte tenu de la faiblesse de la demande potentielle dans les trois pays, on devra y renforcer les programmes de SR existants, notamment ceux relatifs à la sensibilisation sur la PF et à l'accroissement de l'offre de services.

Concernant l'évolution des BNS[12], la situation apparaît encore plus contrastée : le schéma d'évolution de la demande de PF et du poids des BNS diffère d'un pays à l'autre. Le Burkina Faso se caractérise par une baisse sensible, entre 1993 et 1998-99, de la demande potentielle de PF accompagnée d'un accroissement relatif considérable des BNS. Au Cameroun, on assiste à une légère diminution, entre 1991 et 1998, de la demande potentielle de PF chez les femmes en union en même temps qu'une baisse substantielle du poids des BNS dans cette demande. En Côte d'Ivoire, en revanche, la demande potentielle de PF a augmenté alors que l'importance relative des BNS a régressé entre 1991 et 1998-99. La situation du Burkina Faso est une fois de plus atypique : la demande potentielle de PF y a fortement régressé alors que la fécondité y est encore élevée.

L'évolution des BNS selon l'âge a également fait ressortir des divergences entre les pays étudiés. Si les besoins non-satisfaits augmentent avec l'âge dans les trois pays, la prise en compte de leur nature montre des différences importantes. Au Cameroun, la part des BNS en espacement dans l'ensemble des BNS est majoritaire jusqu'à 30-34 ans, et diminue de façon drastique ensuite pour ne plus représenter qu'une portion congrue à 45-49 ans. Au Burkina Faso et, dans une moindre mesure, en Côte d'Ivoire, cette part demeure majoritaire jusqu'à 35-39 ans et est encore relativement élevée à 45-49 ans. Autrement dit, le désir de limiter le nombre d'enfants survient beaucoup plus tard dans ces deux derniers pays que dans le premier. Cela traduit, le caractère pro-nataliste des femmes burkinabé, comparées aux Camerounaises. Cela est confirmé par l'évolution de la nature des BNS selon le nombre d'enfants nés vivants. Alors qu'au Burkina, les besoins en limitation de naissances deviennent majoritaires à partir de 8 enfants, ils le sont à partir de 6 enfants au Cameroun et 7 en Côte d'Ivoire. A cette allure, le Burkina Faso aura du mal à entrer dans la transition de la fécondité dans un avenir proche.

Les résultats des analyses de régression logistique multivariées ont mis en exergue les déterminants majeurs qui agissent de façon significative sur les BNS aussi bien en espacement qu'en limitation des naissances d'une part, et les déterminants mineurs dont l'action n'est significative que sur l'un ou l'autre type de BNS. Parmi les premiers, un seul est ressorti comme déterminant commun dans l'ensemble des trois pays étudiés : l'état matrimonial de la femme. Quelle que soit la nature des besoins considérés, les femmes en union sont plus susceptibles d'éprouver des BNS que celles qui ne sont pas en union. Partout, le désavantage des premières reste cependant plus marqué au niveau des BNS en limitation qu'à celui des BNS en espacement des naissances. Autrement dit, les femmes en union ont beaucoup plus de problèmes que les célibataires/divorcées/veuves à limiter leur progéniture. La preuve est ainsi faite, que les aspirations ou préférences pour des familles de grande taille sont encore vivaces.

L'attitude de la femme face à la PF est aussi apparue comme un facteur exerçant une forte influence sur l'existence des BNS tant en espacement qu'en limitation des naissances dans tous les pays concernés, sauf au Burkina Faso. Le risque de BNS est plus élevé chez les femmes qui désapprouvent la PF que chez celles qui l'approuvent. Ce résultat, somme toute classique, confirme la nécessité de renforcer des actions de communication pour le changement de comportement pour accélérer le processus de transition contraceptive qui tarde à décoller dans les 3 pays concernés par cette étude.

D'autres facteurs dont l'effet propre est apparu comme statistiquement significatif sur les 2 types de BNS ont également été notés au Cameroun. Ce sont l'attitude du conjoint et l'instruction de la femme. Des études ont montré que les femmes qui ont une perception négative de l'attitude de leurs maris face à la PF ont tendance à ne pas recourir à la contraception (R. Djangoné, 1999). Très souvent, celles qui évoquent la désapprobation de leurs conjoints n'ont jamais discuté de ce sujet avec ces derniers. Or, aussi bien dans les théories de communications (Piotrow et al., 1997) à travers notamment le modèle dit « idéationnel » de Kincaid (2000) que dans celles sur les changements de comportement (Bandura, 1977 ; Becker, 1974 ; Mantell et al., 1997), la discussion au sein du couple est un facteur de médiation crucial entre les changements d'attitudes et de perceptions et l'adoption de comportements novateurs, notamment l'utilisation des méthodes de prévention des grossesses non-désirées et/ou des maladies sexuellement transmissibles dont le VIH/Sida. Dans leurs études sur la Côte d'Ivoire, Kouye (1997) et Djangone (1999) ont montré que la discussion au sein du couple favorisait l'utilisation des méthodes contraceptives par les femmes[13].

Par ailleurs, au Cameroun, l'instruction de niveau supérieur étant pour la femme un facteur important d'autonomie et de négociation du pouvoir au sein du couple, il n'est guère surprenant qu'elle soit ressortie comme contribuant à réduire les BNS.

Parmi les déterminants mineurs dont l'action s'exerce sur l'un ou l'autre type de BNS, les facteurs dits « d'occidentalisation » que sont notamment l'urbanisation, l'instruction et, dans une moindre mesure, l'occupation de la femme, contribuent plutôt à réduire les besoins non-satisfaits en espacement dans pratiquement les trois pays. Autrement dit, les femmes instruites ou citadines maîtrisent mieux l'espacement de leurs naissances que les illettrées et les femmes du milieu rural. En d'autres termes, les premières éprouvent moins de contraintes à utiliser la contraception en vue d'espacer leurs naissances que les dernières ; elles peuvent prendre des initiatives dans ce domaine, chose que les analphabètes et les paysannes ne peuvent faire. En outre, les premières ont l'avantage, lorsqu'elles ont pris la décision d'espacer, d'accéder plus facilement aux méthodes contraceptives que les dernières (en raison, entre autres, de la concentration de points de prestation de services de PF en ville).

Quant aux facteurs liés aux relations au sein du couple (discussion de la PF, préférence du conjoint en matière de fécondité, voire son attitude face à la PF), ils influencent plutôt l'existence des BNS en limitation. Autrement dit, la décision d'arrêter d'avoir des enfants au sein d'un couple n'incombe pas à la seule femme, mais ferait l'objet d'une concertation entre époux. Au Cameroun, cette décision reposerait même beaucoup plus sur « l'accord » (réel ou supposé) du conjoint. Cela confirme ce que Caldwell (1991) a dit quand il a fait observer que «...le recours à la contraception pour limiter les naissances incombe, dans la plupart des pays d'Afrique subsaharienne, en priorité au mari ». Dans le cas particulier du Cameroun, Akoto et Kamdem (2001) ont mis en exergue le rôle prépondérant joué par le conjoint dans la décision d'arrêter de faire les enfants. Il convient de noter que l'opposition du mari dans ce domaine provient souvent de sa non-prise en compte dans les programmes de PF. A ce propos, une étude réalisée à Addis Abéba (Ethiopie) a montré que le recours à la contraception a augmenté de 37% chez les femmes dont le partenaire a assisté aux séances d'éducation à la PF, contre 17% seulement pour celles qui y ont pris part seules (FNUAP, 1995).

En définitive, les résultats de cette étude plaident pour plusieurs types d'actions à entreprendre dans les trois pays étudiés en vue non seulement de réduire de façon drastique les besoins non-satisfaits en planification familiale, mais aussi d'accroître la demande potentielle de planification familiale qui ne dépasse guère un taux de 50% des femmes en âge de procréer. Cette proportion semble faible compte tenu du niveau de la fécondité dans ces pays et plus particulièrement au Burkina Faso. Pour ce faire, des actions s'avèrent nécessaires et urgentes pour agir aussi bien sur l'offre de services de PF que sur les caractéristiques de la demande de SR/PF, à travers notamment des campagnes de sensibilisation et de communication pour le changement de comportement.

En ce qui concerne l'offre de services, les programmes de SR/PF devraient s'atteler à réduire l'inégalité d'accès aux services non seulement au niveau du milieu d'habitat, mais aussi à celui des régions. Dans les 3 pays concernés par cette étude, le milieu urbain enregistre des niveaux des BNS relativement plus faibles que les zones rurales. C'est le résultat d'une inégale répartition des services de PF sur le territoire national. Afin de mieux répondre aux besoins et aspirations des populations bénéficiaires, il paraît opportun de réaliser des études spécifiques de type diagnostique afin d'identifier les aspects de l'offre sur lesquels les programmes devraient se focaliser (disponibilisation et diversification de l'éventail de méthodes, mise en oeuvre de la stratégie avancée (outreach) à travers notamment l'instauration des équipes mobiles et itinérantes ou la distribution à base communautaire par le biais des relais communautaires traditionnels fiables, etc.). Par ailleurs, étant donné le rôle de l'amélioration de la qualité des services sur l'utilisation de ceux-ci, il apparaît également opportun que soient réalisées des études d'analyse situationnelle des systèmes de prestation de services en vue d'en cerner les faiblesses et les forces pour une amélioration qualitative des services, et en particulier ceux liés à l'intercation entre client-prestataire ou au counseling.

En cette ère de pandémie généralisée des IST et VIH/Sida, il paraît également opportun que les programmes de SR/PF préconisent l'approche « double protection » qui consiste à promouvoir l'utilisation des méthodes permettant de prévenir simultanément les grossesses non désirées et les IST/VIH/Sida. Il s'agit notamment de promouvoir soit l'association d'une méthode très efficace pour la prévention des grossesses non désirées avec le préservatif (masculin ou féminin), soit l'utilisation systématique et correcte du seul préservatif pour prévenir aussi bien les grossesses désirées que les IST/VIH/Sida (Family Health International, 2001). A cet effet, la formation des prestataires en PF devrait désormais intégrer le counseling en « double protection ».

Du côté de la demande des services, il apparaît urgent que soient mis en œuvre ou renforcées des actions de sensibilisation pour le changement des comportements, à l'intention en particulier des femmes des zones rurales et des régions à niveau élevé de BNS et où la demande potentielle de contraception est faible.

Les résultats (non présentés) de l'analyse des raisons avancées pour justifier le non-recours à la PF en cas de besoin ont mis en exergue des motifs tels que l'ignorance des sources d'approvisionnement et les problèmes de santé. Les programmes de SR/PF dans les trois pays étudiés, en particulier au Burkina Faso, devraient ainsi renforcer, dans leurs campagnes 3C, les aspects liés à l'information sur les méthodes contraceptives et leurs sources. Ces campagnes insisteront, entre autres, sur les avantages et les inconvénients de chaque type de méthodes de manière à combattre les fausses perceptions entretenues sur celles-ci et que les effets probables sur la santé soient connus de tous ; il vaut mieux fournir à la population les informations exactes que de la laisser à la merci des rumeurs qui ont toujours eu des effets dévastateurs sur les programmes de PF.

L'habilitation de la femme, à la faveur notamment de l'instauration d'un climat favorable à la discussion au sein du couple autour des sujets qui touchent à la vie du couple et de la famille en général, le support social (à travers , entre autres, la perception de la femme sur l'attitude de son mari face à la PF) sont autant de facteurs déterminants dans l'expression des BNS. Il serait par conséquent judicieux de favoriser la participation des hommes aux programmes de PF, à travers notamment l'organisation des séances d'éducation à la PF adressées aux couples. En vue d'atteindre un maximum de ménages, celles-ci devraient être suivies de débats radiotélévisés. Des émissions du genre « Sacré Couple » qui passaient sur la télévision ivoirienne, ou « Libala ya Bosembo » en RD Congo, pourraient servir utilement de cadre pour la promotion du dialogue entre conjoints. La promotion du dialogue vertical entre parents et enfants serait également à encourager pour permettre d'éduquer les enfants dans leurs futurs rôles en tant que parents dûment avertis. L'évaluation de la campagne « 100% jeunes, 100% réglo » au Cameroun a révélé que, sans être nécessairement d'accord avec les messages véhiculés par la campagne, les parents ont saisi cette occasion pour sortir de leur torpeur ; certains pour indiquer à leurs enfants qu'ils ne partageaient pas la thématique de « 100% jeunes » et que ceux-ci (enfants) ne devraient pas s'inspirer des conseils prodigués par le programme ; d'autres pour leur dire que les conseils de « 100% jeunes » étaient le genre de propos qu'ils (parents) ont toujours cherché à leur prodiguer mais ne savaient pas comment s'y prendre (Cheta et al., 2001).

En synergie avec d'autres actions non identifiées ici, ces actions contribueront à augmenter la demande de contraception. Au fur et à mesure que l'offre de service se développera et que les campagnes de sensibilisation produiront leurs effets, on peut raisonnablement s'attendre à une diminution de la part des BNS dans la demande potentielle et une augmentation de la prévalence contraceptive. Mais ce résultat dépendra également des relations de genre au sein du couple (Djangoné, 1999). On veillera ainsi à ce qu'il y ait de moins en moins de discrimination envers les femmes en général et les femmes mariées en particulier, afin que ces dernières soient maîtresses de leur vie sexuelle et de leur vie reproductive au point de vue du calendrier et de l'intensité. Cela passe, entre autres, par le relèvement du niveau d'instruction des filles et l'alphabétisation, cheval de Troie des programmes de développement socio-économique pour la consolidation du processus de transition démographique.

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  • Tabutin, D. 1997. "Les transitions démographiques en Afrique sub-saharienne : spécificités, changements ... et incertitudes » Congrès international sur la population, Beijing 1997, Liège, Belgique : Union international pour l'étude scientifique de la population, pp. 219-247.
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[1] Institut de Formation et de Recherche Démographiques (IFORD)
[2] Department of International Health and Development et Payson Center for International Development and Technology Transfer, Tulane University (du Projet SFPS à l'époque de la rédaction de cet article).
[3] School of Public Health and Hygiene, John Hopkins University (du Projet SFPS à l'époque de la rédaction de cet article).
[4] Projet SFPS, Abidjan.
[5] Cette étude a bénéficié d'un appui financier de l'Agence des Etats Unis pour le développement international (USAID), à travers l'Université de Tulane (Accord de Coopération n° 624-A-00-95-00053-00, dans le cadre du Projet régional Santé familiale et Prévention du Sida en Afrique de l'Ouest et centrale (SFPS). Toutefois les idées exprimées dans cet article sont celles des auteurs.
[6] La mesure des BNS dans l'EDS Cameroun 1991 et l'EDS Burkina Faso 1993 concerne uniquement les femmes en union, alors que celle de 1998 et 1998-99 porte sur l'ensemble des femmes, en union ou pas. Les EDS Côte d'Ivoire 1994 et 1998 ont également porté sur l'ensemble des femmes.
[7] Nous préférons parler ici de demande potentielle au lieu de la demande totale, car il n'est pas sûr que toutes les femmes éprouvant les BNS recourraient à la contraception si les différentes méthodes étaient mises à leur disposition. Les raisons de non-recours en cas de besoins sont en effet diverses ; parmi les femmes à BNS, certaines par exemple n'utilisent pas la contraception à cause de leur faible perception du risque de grossesse (aménorrhée post-partum, faible fécondabilité, etc.). Aussi avons-nous retenu la notion de demande potentielle au lieu de demande totale comme la plupart des auteurs la qualifient (lire à ce sujet Casterline et Sinding, 2000).
[8] La variable composite « besoins non-satisfaits en PF » que nous utilisons est la variable v626 dans le fichier standard des données recodées de Macro International.
[9] Ce pourcentage est un nombre maximal, car il n'est pas dit que toutes les femmes recourraient automatiquement à la contraception si elles en avaient le moyen (lire note 3)
[10] On rappellera qu'en 1991 et 1993, les femmes qui n'étaient pas en union n'étaient pas incluses dans la définition des BNS au Cameroun et au Burkina Faso.
[11] Pour être pertinente, une telle présomption doit être confirmée par une évaluation de l'efficacité du volet CCC des programmes de SR/PF dans les deux pays.
[12] On rappellera ici que faute de données, cette évolution n'a été étudiée que chez les femmes en union.
[13] Comme l'ont noté Bongaarts et Bruce (1995), l'échec ou l'absence de la discussion peut refléter non seulement les caractéristiques de la femme et la nature de la relation entretenue avec son conjoint, mais aussi de façon plus large son statut et l'environnement juridique des femmes dans la société.

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