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African Population Studies, Vol. 17, No. 2, 2002, pp. 1-22 Relations de genre, structures démographiques des ménages et scolarisation des jeunes au Cameroun[1] Jean WAKAM Enseignant-Chercheur, (IFORD, Yaoundé, Cameroun) Code Number: ep02007 Résumé Cette étude examine comment les ménages camerounais se comportent en matière de scolarisation des filles et des garçons de 15-24 ans selon leur composition par sexe et par âge, à partir des données du recensement de 1987. Il en ressort notamment que: (1) La scolarisation est mieux assurée, et de façon moins inégalitaire, par les ménages dirigés par des femmes (MDF) que par ceux dirigés par des hommes (MDH), mais toujours davantage au profit des garçons; (2) La présence et le nombre d'enfants en bas âge affectent essentiellement la scolarisation des filles et davantage dans les MDF; (3) Le nombre d'enfants scolarisables (filles ou garçons), notamment célibataires, est plutôt très positivement associé, tant à la scolarisation des filles qu'à celle des garçons et aussi bien dans les MDH que dans les MDF et tend ainsi à infirmer la théorie de la "quantity/quality trade-off" selon laquelle les familles ayant beaucoup d'enfants investissent moins dans chaque enfant (capital humain) que celles qui en ont peu; (4) La présence et le nombre de femmes adultes et âgées tendent à favoriser systématiquement la scolarisation tant féminine que masculine et témoigne de la "substituabilité" des femmes et des enfants, et notamment des filles, dans l'accomplissement des tâches domestiques. Par contre, la présence et le nombre d'hommes ne favorisent tout au plus que la scolarisation masculine et réduisent systématiquement celle des filles, sauf dans les MDF. Bref, les relations de genre structurent grandement les comportements des ménages camerounais en matière de scolarisation des enfants. Abstract This study investigates how households in Cameroon deal with the schooling of 15-24 year old girls and boys on the basis of sex and age distribution using the 1987 Census data. The results obtained show that: (1) More equitable schooling opportunities for boys and girl are available in households led by women than those headed by men, even though there still exists a comparative preference for boys. (2) The presence and number of 0-5 year old children is likely to reduce the schooling of girls and particularly in households led by women; (3) The number of children (girls and boys) of school age especially when they are bachelors, is rather very positively correlated to the schooling of both girls and boys in households led by men as well as by women. This tends to invalidate the theory of "quantity/quality trade-off" which sustains that households with a lot of children invest less in each child (human capital) than those with less children; (4) The presence and number of adult and old women tends to encourage systematically the schooling of boys and girls and are a proof of the "substitutability" between women and children, specifically girls in taking up domestic works. On the contrary, the presence and number of men only tends to encourage the schooling of male children to the disadvantage of girls, except when the households are headed by women. Therefore, Cameroonian households tend to make gender considerations when educating their children. Introduction L'accès à l'instruction est un droit fondamental pour tout être humain (homme et femme). Le bienfait, voire la nécessité vitale dans le contexte moderne, de l'éducation formelle pour le bien-être individuel et familial et pour le développement social, économique et culturel d'un pays nest plus à démontrer. Or, de nombreux enfants africains d'âge scolaire, et notamment des filles, ne vont pas à l'école même en période de prospérité. Le phénomène a dû sans doute s'aggraver avec la crise économique sans précédent que connaît le continent Et si l'on peut évoquer à juste titre le manque ou l'insuffisance d'infrastructures scolaires (offre scolaire), il y a tout lieu de penser qu'il ne suffit pas à expliquer cette situation. Comme l'écrit Michel Loriaux (1995, P.77).
Cette assertion est encore plus vraie dans un contexte socioculturel familialiste et communautariste comme celui de l'Afrique[2], notamment en ce qui concerne la scolarisation des enfants [3]. Mieux encore, comme le soutient Marc Pilon (1996, P.33).
Une enquête spécifique serait nécessaire pour bien comprendre les relations de genre qui structurent les comportements des ménages en matière de scolarisation des enfants. Mais cette étude se basera plutôt sur l'exploitation des données existantes. En effet, elle s'inscrit dans un programme de recherches [5] qui voudrait contribuer à une meilleure rentabilisation des enquêtes et recensements africains jusqu'à présent largement "sous-analysés" et "sous-utilisés". Or, ces données, malgré leurs insuffisances, sont très riches et pourraient permettre, si elles sont bien exploitées, d'avancer considérablement dans la recherche des facteurs explicatifs de la sous-scolarisation des enfants en Afrique, et les résultats obtenus pourront contribuer ultérieurement à une meilleure orientation des enquêtes spécifiques éventuelles qu'on pourrait mener sur le sujet. La question qui nous préoccupe ici est par matière conséquent celle de savoir comment les ménages camerounais se comportent en de scolarisation des garçons et des filles selon le sexe du chef de ménage (CM) et leurs structures démographiques et notamment leur composition par sexe et par âge? De nombreuses études (Chernichovsky, 1985; Marcoux, 1994, 1995; Lloyd et Blanc, 1996; Wakam, 1999) ont montré en effet que la composition du ménage et en particulier sa structure démographique a un impact important sur la scolarisation des enfants. Il en est ainsi notamment de la présence et du nombre d'enfants en bas âge et d'enfants d'âge scolaire ainsi que de la présence et du nombre d'adultes et de personnes âgées. Cette étude a ainsi pour objectifs spécifiques: (1) de mettre en évidence les inégalités entre les garçons et les filles en matière de scolarisation notamment entre les ménages dirigés par les femmes et ceux dirigés par les hommes; (2) d'examiner l'influence, selon le sexe du chef de ménage et des enfants, de la présence et du nombre d'enfants en bas âge, de filles et de garçons d'âge scolaire, ainsi que des adultes et des personnes âgées des deux sexes. Elle fait suite à et complète une étude antérieure (Wakam, 1999). Aspects méthodologiques Données, variables d'analyse et indicateurs L'étude est faite à partir d'un échantillon au dixième des données du recensement du Cameroun de 1987[6]. Nous nous focaliserons essentiellement sur la population scolarisable de 15-24 ans, compte tenu du niveau de scolarisation relativement élevé et plus égalitaire chez les 6-14 ans[7]. L'étude se fera par sexe (du chef de ménage et de l'enfant). L'unité d'analyse est le ménage. L'étude de la scolarisation des jeunes de 15-24 ans portera ainsi sur 66.812 ménages pour les filles [8] dont 9.610 dirigés par des femmes et 57.702 par des hommes et sur 53.064 ménages pour les garçons dont 6.784 dirigés par des femmes et 46.280 par des hommes. La scolarisation (variable dépendante) sera étudiée à travers la fréquentation scolaire actuelle, soit le taux de scolarisation (ou de fréquentation scolaire) actuel du ménage pris comme unité d'analyse. La structure démographique du ménage porte sur la structure par âge et par sexe et comprend les enfants en bas âge, les enfants scolarisables, les adultes et les personnes âgées. Nous distinguerons ainsi: (1) le nombre d'enfants de moins de 6 ans (tous sexes réunis); (2) le nombre de filles et le nombre garçons de 6-24 ans; (3) le nombre d'adultes femmes et le nombre d'adultes hommes de 25-59 ans; (4) le nombre de femmes et le nombre d'hommes de 60 ans et plus. Le nombre de célibataires de 11 ans et plus (indicateur de la structure matrimoniale et du calendrier de la nuptialité), la taille du ménage et l'âge du chef de ménage (CM) serviront de variables de contrôle. Il en sera de même : (1) du statut socio-économique du ménage à travers le niveau d'instruction du chef de ménage et le niveau de vie du ménage (via le degré de confort de l'habitat); (2) de la structure économique du ménage: le nombre de salariés, d'employeurs, d'indépendants et de travailleurs non rémunérés (aides familiaux); (3) de l'offre scolaire qui sera appréhendée, faute de mieux, à travers le milieu de résidence (ou d'habitat) (Yaoundé/Douala/Autre urbain/Rural) et la province de résidence. L'âge, l'âge au carré, la taille du ménage et les variables numériques relatives à la structure économique du ménage seront introduites en "co-variables". L'indicateur du niveau de vie du ménage est un indicateur composite construit, compte tenu des informations disponibles, à partir des caractéristiques de l'habitat (matériaux utilisés pour le mur, le toit et le sol, mode d'approvisionnement en eau, type d'aisance et source d'énergie pour la cuisine). La province et le milieu de résidence[9] sont introduits dans l'analyse multivariée sous forme d'une variable d'interaction (Province Milieu de résidence) de 22 modalités afin notamment de diminuer les effets d'interaction[10]. Méthode statistique utilisée pour l'analyse multivariée La méthode statistique que nous allons utiliser ici est l'Analyse de Classification Multiple, plus connue sous son abréviation anglaise MCA ("Multiple Classification Analysis"). La MCA est une technique d'analyse prédictive et explicative permettant d'utiliser, dans le cadre d'un modèle linéaire et additif, des variables catégorielles comme variables indépendantes; l'unique contrainte imposée sur les variables porte en effet sur la variable dépendante qui doit être soit quantitative soit dichotomique[11]. Sa formulation théorique est du type : Yijk...= YM + ai + bj + ck + ... + eijk... où :
Parmi les statistiques fournies pour la MCA, notamment par la procédure ANOVA du logiciel SPSS que nous utilisons, on peut citer en plus de la Moyenne Générale et de la distribution des fréquences selon les différentes modalités de chaque prédicteur: (1) les déviations brutes et nettes de chaque catégorie par rapport à la moyenne générale; (2) les coefficients h (éta) et b (béta) pour chaque prédicteur; (3) les statistiques F et leur niveau de signification; (4) la statistique R et R2. Les déviations sont dites brutes ou nettes selon qu'elles sont obtenues avant ou après ajustement; les déviations nettes résultent ainsi des ajustements tenant compte des effets des autres facteurs et éventuellement des co-variables ("co-variates" en anglais)[12]. Aux déviations brutes et nettes correspondent respectivement, pour chaque facteur, les statistiques h et b. La statistique h, encore appelée rapport de corrélation, exprime le degré de corrélation entre chaque facteur et la variable dépendante avant ajustement. h2 indique alors la proportion de la variance de la variable dépendante prédite par le facteur en question, toute catégorie confondue. Le coefficient b mesure lui aussi la même relation globale que h entre la variable indépendante et la variable à expliquer, mais en tenant compte des influences des autres facteurs. Il s'apparente en fait au coefficient de régression standardisé en analyse de régression multiple et donne, sur le plan de l'explication nette, une indication de l'importance relative des différents prédicteurs[13]. Le coefficient R est analogue au coefficient de corrélation multiple en analyse de régression. R2 mesure alors la proportion de la variance de la variable dépendante expliquée par l'ensemble des facteurs et des "co-variables" éventuelles considérées dans le modèle. Les modèles retenus Plusieurs modèles ont été générés à pas croissant (successivement et cumulativement). Mais pour des raisons liées à la contrainte d'espace, nous ne présenterons ici que les deux modèles les plus complets dénommés M1 et M2. Ceux-ci comprennent: les variables de la structure démographique (par âge et par sexe), l'indicateur de l'offre (variable d'interaction Province * Milieu de résidence), le niveau d'instruction et le niveau de vie du ménage ainsi que l'âge (et l'âge au carré) du CM, la taille et les variables relatives à la structure économique du ménage (introduites en co-variables). La différence entre les deux modèles est que le modèle M2 inclut, par rapport à M1, le nombre de célibataires de 11 ans et plus, ce qui nous a obligé à regrouper (pour ce modèle) les personnes âgées des 2 sexes en une seule variable pour des raisons techniques (nombre de variables limité à 10, hormis les "co-variables"). Le Tableau 2 présente les résultats relatifs aux variables de la structure démographique selon le sexe du chef de ménage et le sexe de l'enfant. Présentation et commentaire des résultats La scolarisation différentielle selon le sexe Comme dans beaucoup de pays africains et du Tiers-Monde, les ménages camerounais scolarisent moins les filles que les garçons, notamment les plus âgés. Le rapport de féminité des taux (RFT) (taux féminin/taux masculin)[14] est ainsi de 92 % chez les 6-14 ans et de 58 % seulement chez les 15-24 ans. Mais, comme le montre le Tableau 1, bien qu'il en soit ainsi quel que soit le sexe du chef de ménage (CM), les ménages dirigés par les femmes (FCM) scolarisent toutefois mieux les enfants des deux sexes, et de façon moins inégalitaire, que ceux de leurs homologues masculins (HCM). Le taux de scolarisation des enfants de 6-14 ans varie ainsi de 74 % chez les HCM à 85 % chez les FCM, soit une différence de 11 points en faveur des ménages féminins et un accroissement de 15 %. La différence est encore plus marquée pour les jeunes de 15-24 ans avec un taux allant de 32 % à 44 %, soit une différence de 12 points et une augmentation de 38 % en faveur des femmes. Il en est de même quel que soit le sexe de l'enfant, mais avec une différence plus grande en ce qui concerne les filles, notamment celles de 15-24 ans. Ainsi, l'accroissement en faveur des femmes est de 17 % pour les filles contre 12 % pour les garçons chez les 6-14 ans et de 70 % contre 24 % chez les 15-24 ans. D'où une inégalité sexuelle de scolarisation plus faible chez les FCM que chez les HCM comme l'indique le RFT qui est évalué respectivement à 97 % contre 92 % chez les 6-14 ans et à 76 % contre 56 % chez les 15-24 ans. Ces résultats rejoignent ceux trouvés par d'autres chercheurs (Vreyer 1993; Marcoux, 1994; Lloyd et Gage-Brando, 1994; Pilon, 1995; Lloyd et Blanc, 1996; Clevenot et Pilon, 1996; Noumbissi, 1999). Tableau 1 : Différences entre les chefs de ménage femmes
(FCM) et hommes (HCM)
- FCM: Chefs de ménage femmes; HCM: Chefs de ménage hommes; Le phénomène existe quel que soit le milieu d'habitat, notamment en ce qui concerne la scolarisation des jeunes (15-24 ans). Mais il est beaucoup plus marqué en milieu rural qu'en milieu urbain (Tableau 1). Ainsi, dans le rural, le RFT, par exemple, varie de 87 % chez les HCM à 95 % chez les FCM, soit 8 points (accroissement de 9 %) en faveur des ménages féminins pour les enfants de 6-14 ans et de 47 % chez les HCM à 69 % chez les FCM pour les jeunes, soit 22 points (accroissement de 47 %) en faveur des femmes. Par contre, en ville, où la scolarisation est plus généralisée, cette augmentation n'est que de 1 % et 18 % respectivement. Enfin, tout comme pour le milieu d'habitat, c'est dans les provinces les moins scolarisées, à savoir l'Extrême-Nord, le Nord et l'Adamaoua, que la différence tend à être plus prononcée en faveur des garçons, mais aussi en faveur des ménages dirigés par des femmes. Et il en est ainsi tant chez les 6-14 ans que chez les 15-24 ans. L'effet net de la présence et du nombre d'enfants en bas âge On s'attend à ce que le nombre d'enfants en bas âge affecte négativement la scolarisation des jeunes et notamment des filles, qui sont susceptibles d'être sollicités pour leur garde et leurs soins (Chernichovsky, 1985 ; Marcoux, 1994, 1995; Lloyd et Blanc, 1996). Comme nous l'avons montré précédemment (Wakam, 1999), si la relation demeure contrastée chez les jeunes de 6 à 14 ans, le nombre d'enfants de moins de six ans affecterait sensiblement la scolarisation des jeunes de 15-24 ans, et surtout des jeunes filles, à qui serait probablement transférée la responsabilité de la garde des plus petits, sans oublier le cas des filles-mères obligées d'interrompre voire d'abandonner les classes pour s'occuper de leurs enfants. Il n'y a pas là nécessairement une relation de cause à effet, la garde pouvant être confiée par exemple à des filles qui ne fréquentaient pas et qui n'avaient pas l'intention de fréquenter l'école pour des raisons tout à fait autre, et qui peuvent même avoir été sollicitées et accueillies dans le ménage précisément à cause de leur disponibilité. La situation diffère-t-elle selon le sexe du chef de ménage ? Comme le montre le Tableau 2, la présence et le nombre d'enfants de moins de 6 ans affectent très peu (ou pas du tout) la scolarisation des garçons mais grandement celle des filles quel que soit le sexe du chef de ménage. De plus, ce facteur est beaucoup plus déterminant pour les filles lorsque le ménage est dirigé par une femme que lorsqu'il est dirigé par un homme : il se peut que beaucoup de filles hébergées par les chefs de ménage femmes y soient précisément pour la garde des enfants. Par contre, son impact est plus important pour les garçons vivant dans les ménages dirigés par des hommes que pour ceux qui sont hébergés par des femmes : peut-être est-il plus difficile (ou moins indiqué socialement) aux chefs de ménage femmes d'imposer cette charge à des garçons de cette tranche d'âge qui aspirent déjà et cherchent à s'émanciper. Quoi qu'il en soit, il apparaît que n'eût été la présence et le nombre d'enfants en bas âge, les filles auraient, toutes choses égales par ailleurs, un taux de scolarisation équivalent à celui des garçons (51 %) dans les ménages dirigés par les femmes. De même, dans les ménages dirigés par les hommes, l'écart, quoique restant important, se réduirait de près de 9 points (en pourcentages) en faveur des filles. Le nombre d'enfants scolarisables Comme l'ont écrit Montgomery et al. (1995:5), on s'attend à ce que les familles nombreuses investissent moins dans chaque enfant que les familles comptant peu d'enfants. Cette théorie, dénommée théorie de la "quantity/quality trade-off" dans la littérature économique anglo-saxonne (voir par exemple Hanushek, 1992) est largement infirmée dans le contexte socioculturel négro-africain. L'un des résultats les plus constants qui ressort des études traitant du sujet dans le contexte africain est, en effet, que la quantité et la qualité des enfants en matière de scolarisation sont tout à fait compatibles dans les sociétés d'Afrique subsaharienne et que la quantité peut même favoriser la qualité. C'est ce que suggère les études de Gomes (1984) au Kenya, de Chernichovsky (1985) en milieu rural du Botswana, de Montgomery et al.(1993, 1995) en milieu rural ivoirien[15], de Marcoux (1995) en milieu urbain malien, de Lloyd et Blanc (1996) au Kenya, en Tanzanie, au Cameroun, au Malawi, en Namibie et en Zambie. Les résultats de nos propres études (Wakam, 1999), menées sans distinction du sexe du CM, sont allés dans le même sens et révèlent en outre que le nombre de filles scolarisables (6-24 ans) favorise davantage la scolarisation féminine que celle des garçons et vice versa. Mais n'existerait-il pas un comportement différentiel selon le sexe du CM ? Tableau 2 : Déviations par rapport au taux moyen général (TMG) de l'analyse de classification multiple (MCA) du taux de scolarisation des jeunes de 15-24 ans selon le sexe du chef de ménage et de l'enfant en fonction de la structure démographique des ménages au Cameroun au recensement de 1987
Modèle M1: Variables A,B,C,D,E,F,G,J,K,L + Covariables âge, âge au carré,
taille et structure économique; La relation entre le nombre de filles scolarisables (6-24 ans) et la fréquentation scolaire est positive quel que soit le sexe du chef de ménage et quel que soit le sexe de l'enfant, y compris après la prise en compte du nombre de célibataires qui l'affaiblit cependant fortement. L'association est toutefois plus forte chez les femmes chefs de ménage que chez les hommes, et chez les filles plus que chez les garçons (cf. la statistique ß, Tableau 2). On peut penser ici au partage des tâches ménagères et à la décharge des filles par les FCM de certains travaux domestiques. La relation avec le nombre de garçons scolarisables de 6-24 ans est également positive quels que soient le sexe du chef de ménage et le sexe de l'enfant. Mais après le contrôle du nombre de célibataires, la relation s'inverse totalement pour le sexe féminin chez les chefs de ménages hommes, indiquant probablement que le nombre de garçons ne favoriserait la scolarisation féminine que pour autant quils ne soient pas les époux de ces filles [16]. Tout comme pour le nombre de filles scolarisables, l'association est également plus forte chez les FCM que chez les HCM mais davantage chez les garçons que chez les filles. Enfin, quel que soit le sexe du chef de ménage, le nombre de garçons tend à être plus déterminant que celui des filles pour la scolarisation des garçons et vice-versa, ce qui fait penser à des partages des tâches entre les enfants de même genre. Mais, si l'association positive observée ici entre le nombre d'enfants scolarisables et la fréquentation scolaire peut s'expliquer en partie par le fait que la présence de nombreux enfants permettrait le partage de certaines activités domestiques et de subsistance du ménage (partage entre enfants de même genre) et libérerait ceux-ci (ou beaucoup d'entre eux) pour aller à l'école et s'occuper davantage des activités scolaires (Wakam, 1999), cette explication est très insuffisante car elle ne tient pas compte du coût d'élevage et de scolarisation de nombreux enfants. En fait, il faut situer le problème dans le contexte plus global de la famille étendue et des réseaux de solidarité qu'elle entretient et utilise pour une prise en charge communautaire des enfants, y compris pour leur scolarisation. Nous avons montré à cet effet (Wakam, 1996, 1997), toujours à partir des données utilisées ici, que ce sont les ménages les plus aisés économiquement qui sont de plus grande taille et sont les moins nucléarisés. On peut donc penser que les ménages ayant le plus d'enfants scolarisables ont également davantage de moyens pour assurer leur scolarisation et leur encadrement, et le font effectivement. Mais comme la relation positive persiste fortement après le contrôle de l'indicateur du niveau de vie, il y a lieu de penser aussi que les ménages qui hébergent ces enfants ne sont pas les seuls à en supporter les frais de scolarisation, une partie de ceux-ci étant financés de l'extérieur par d'autres membres de la famille étendue. Ceci est très plausible dans le contexte socioculturel africain où la circulation des enfants est très forte et où la solidarité familiale joue un rôle déterminant dans la prise en charge des enfants et notamment de leur scolarisation. Le nombre d'adultes Des études ont montré qu'il existe une relation entre le nombre d'adultes dans le ménage et la scolarisation des enfants et que cette relation diffère selon leur appartenance sexuelle (Chernichovsky, 1985; Marcoux, 1995; Degraff et al., 1996). Nous l'avons également mis en évidence au Cameroun (Wakam, 1999), mais sans tenir compte du sexe du chef de ménage. Or l'approche par le genre au niveau de la direction du ménage apporte ici aussi des résultats utiles. Le nombre de femmes adultes (25-59 ans) est positivement associé à la scolarisation des jeunes quels que soient le sexe du chef de ménage et celui de l'enfant. Il en est ainsi même après le contrôle de la structure matrimoniale. Mais, en fait, la relation ne devient positive pour les garçons qu'après le contrôle de la structure économique du ménage (aussi bien chez les FCM que chez les HCM) alors qu'elle l'est pour les filles pratiquement dans tous les modèles. Ce facteur est, en tout cas, plus déterminant pour les filles que pour les garçons quel que soit le sexe du chef de ménage: la statistique ß passe ainsi, dans le modèle M1 par exemple, de 0,21 chez les filles à 0,12 chez les garçons résidant chez les FCM et de 0,23 à 0,11 chez ceux qui résident chez les HCM. Cela fait penser à une décharge des filles scolarisables par les femmes adultes des travaux domestiques et de subsistance réservés au genre féminin. Avant le contrôle de la structure économique du ménage, le nombre d'hommes adultes est plutôt négativement associé tant à la scolarisation des garçons qu'à celle des filles. Et il en ainsi quel que soit le sexe du chef de ménage. Mais avec la prise en compte de la structure économique, la relation devient positive chez les garçons quel que soit le sexe du chef de ménage alors que chez les filles, elle reste négative pour celles résidant dans les ménages dirigés par des hommes (Tableau 2). En fait, on peut penser que les adultes hommes: (1) seraient en partie les époux de certaines filles de 15-24 ans qui ne fréquentent pas l'école ; (2) augmenteraient par leur présence et leur nombre le travail domestique des enfants et notamment des filles ; (3) emploieraient très probablement les jeunes et notamment les jeunes gens comme aides-familiaux ; et (4) participeraient éventuellement au contrôle des activités scolaires des enfants (Wakam, 1999). Cela rejoint l'hypothèse formulée par Marcoux (1995, PP.669-670) pour expliquer un résultat similaire trouvé au Mali, mais pour les enfants de 8-14 ans quand il écrivait que :
La présence et le nombre de personnes âgées L'expérience montre que beaucoup d'hommes et de femmes âgés continuent d'être actifs en Afrique. Mais étant dans la plupart des cas très diminués physiquement, ils ont sans doute davantage besoin d'être assistés, notamment pour ceux qui sont atteints de sénilité. La présence des personnes âgées peut donc éventuellement affecter la scolarisation des enfants et notamment des jeunes. Et il y a lieu de penser à un effet différentiel selon qu'il s'agit de femmes ou d'hommes, et selon qu'elles vivent dans des ménages dirigés par des femmes ou par des hommes. La présence et le nombre de femmes âgées (60 ans et plus) sont positivement associés à la scolarisation des jeunes gens et des jeunes filles de 15 à 24 ans tant dans les ménages dirigés par des hommes que par des femmes. Mais tout comme pour le nombre de femmes adultes, la relation n'est toutefois positive pour les garçons qu'après le contrôle de la structure économique du ménage. L'association est en tout cas plus forte pour les enfants résidant dans les ménages féminins (FCM). La relation avec le nombre d'hommes âgés est également positive pour les garçons dès que l'on contrôle la structure économique et quel que soit le sexe du chef de ménage. Par contre, elle est partout négative pour les filles résidant chez les HCM et non significative (au seuil de 5 %) pour celles résidant chez les FCM. La présence et le nombre d'hommes âgés apparaissent en définitive plus favorables pour la scolarisation des garçons que pour celle des filles, tant chez les HCM que chez les FCM. Tout comme pour le nombre d'hommes adultes, la présence et le nombre d'hommes âgés est de loin moins favorable pour la scolarisation des filles que le nombre de femmes âgées, quel que soit le sexe du CM. Par contre, les deux variables sont presque aussi déterminantes pour la scolarisation des garçons tant chez les hommes que chez les femmes, notamment dès que l'on prend en compte la structure économique du ménage. La présence et le nombre de célibataires La présence et le nombre de célibataires sont très positivement associés à la scolarisation quels que soient le sexe du chef de ménage et le sexe de l'enfant. Ce facteur est par ailleurs plus déterminant pour la scolarisation des filles que pour celle des garçons quel que soit le genre de ménage; mais il est de loin plus déterminant dans les ménages dirigés par les hommes quel que soit le sexe de l'enfant: la statistique ß passe ainsi, dans le modèle M1 par exemple, pour les garçons de 0,12 dans les ménages féminins à 0,19 dans les ménages masculins et pour les filles de 0,15 à 0,37. Cela pourrait s'expliquer par le fait que les garçons et davantage encore les filles résidant dans les ménages dirigés par les hommes sont plus susceptibles d'être mariés[17] que ceux et celles qui résident dans les ménages féminins. Le contrôle de la structure matrimoniale réduit sensiblement le pouvoir explicatif des autres variables de structure démographique, notamment pour la scolarisation des filles[18]. Il en est ainsi tout particulièrement pour le nombre de filles et le nombre de garçons scolarisables par rapport à la scolarisation féminine dans les ménages dirigés par les hommes: leur effet positif dépend si grandement du nombre de célibataires que le contrôle de celui-ci annihile presque complètement l'effet du premier et fait du second plutôt un facteur négatif. Il est à noter aussi que le nombre d'hommes adultes inhibe encore davantage la scolarisation des filles lorsque l'on contrôle le nombre de célibataires, ce qui laisse penser que celles-ci seraient en partie les épouses de ces hommes. Quid du statut socio-économique (niveau d'instruction et niveau de vie ) ? Comme on pouvait s'y attendre, le niveau d'instruction du chef de ménage est, quel que soit le genre, partout positivement associé à la scolarisation. Mais alors qu'au niveau bivarié il est pratiquement autant discriminant pour les filles que pour les garçons quel que soit le sexe du chef de ménage, il est au niveau net, dès que l'on contrôle le niveau de vie, de loin plus déterminant pour la scolarisation des filles chez les FCM et pour la scolarisation des garçons chez les HCM. Autrement dit, un accroissement du niveau d'instruction (i.e. en fait du degré de modernisation culturelle) du chef de ménage tendrait à augmenter plus fortement la scolarisation des jeunes filles que celle des garçons dans les ménages dirigés par des femmes alors qu'elle tendrait au contraire à augmenter plus fortement la scolarisation des garçons (que des filles) dans les ménages dirigés par des hommes. Ainsi, par exemple, le taux de scolarisation dans les ménages dirigés par les femmes s'accroît de 44 points (en pourcentages) pour les filles contre 20 points seulement pour les garçons lorsque le niveau d'étude du CM passe du "néant ou maternel" à "supérieur" ; par contre, dans les ménages dirigés par des hommes, il s'accroît plutôt de 40 points pour les garçons et de 22 points seulement pour les filles[19]. Le niveau de vie (appréhendé ici faute de mieux à travers le confort de l'habitat) est également partout positivement associé à la scolarisation[20]. Mais, contrairement à ce qui est observé pour le niveau d'étude, le niveau de vie du ménage (indicateur de son pouvoir économique) est plus déterminant pour les garçons (que pour les filles) chez les FCM et pour les filles (que pour les garçons) chez les HCM. De même, il est plus déterminant pour la scolarisation des filles chez les HCM que chez les FCM alors qu'il est plus déterminant pour la scolarisation des garçons chez les FCM que chez les HCM. Ordre de détermination des variables et variance expliquée Le Tableau 3 nous fournit les statistiques b et R2 issues des modèles M1 et M2 [21] de l'analyse de classification multiple (MCA) du taux de scolarisation des jeunes gens et des jeunes filles de 15-24 ans selon le sexe du chef de ménage. Comme l'indique ce tableau, la variance expliquée par l'ensemble des variables considérées (mesurée par la statistique R2) est beaucoup plus élevée dans les ménages dirigés par les hommes (HCM) que dans ceux dirigés par les femmes (FCM), quel que soit le modèle et quel que soit le sexe de l'enfant. Par contre, elle est plus élevée pour la scolarisation des filles que pour celle des garçons quel que soit le sexe du chef de ménage et quel que soit le modèle. En fait, un examen plus approfondi [22] montre que la structure démographique des ménages (prise globalement) est de loin plus déterminante pour la scolarisation des filles que pour celle des garçons et l'est nettement plus dans les ménages masculins (HCM). Par contre, la structure économique est beaucoup plus déterminante pour la scolarisation des garçons et l'est légèrement plus dans les ménages féminins (FCM). La statistique ß (coefficient de corrélation partielle) du Tableau 3 nous permet de classer les variables selon leur pouvoir de détermination[23]. Le modèle M2, par exemple, fournit le classement suivant (pour les variables significatives) selon le sexe de l'enfant et le sexe du chef de ménage (FCM/HCM). Chez les Filles : FCM: Enfants en bas âge (moins de 6 ans) (.21) ex aequo avec le niveau d'instruction du CM) (.21), Nombre de femmes adultes (25-59 ans) (.18), Offre d'éducation (.18), Nombre de célibataires (.15), nombre de filles scolarisables (6-24 ans) (.12), nombre de garçons scolarisables (6-24 ans) (.10), Nombre d'hommes adultes (.08), Niveau de vie (.05), Nombre de personnes âgées (.04); HCM: Nombre de célibataires (.37), Femmes adultes (.17), Enfants en bas âge (.14), Niveau d'instruction du CM (.10) et Offre d'éducation (.10), Niveau de vie (.09), Hommes adultes (.07), Garçons scolarisables (.06), Filles scolarisables (.03), Personnes âgées (.02); Tableau 3 : Statistiques b et R2 issues des modèles M1 et M2* (Tableau 2) de l'analyse de classification multiple (MCA) du taux de scolarisation des jeunes de 15-24 ans respectivement dans les ménages dirigés par les femmes (FCM) et par les hommes (HCM) selon le sexe de l'enfant
Chez les Garçons : FCM: Offre d'éducation (.15), Nombre de garçons scolarisables (6-24 ans) (.13), Nombre de célibataires (.12), Femmes adultes (25-59 ans) (.11), Hommes adultes (.11) et Niveau d'instruction du CM (.11), Filles scolarisables (.09), Nombre de personnes âgées (.08), Niveau de vie (.07); HCM: Niveau d'instruction du CM (.23), Nombre de célibataires (.19), Offre d'éducation (.14), Femmes adultes (.10) et Hommes adultes (.10), Garçons scolarisables (.06), Niveau de vie (.03), Enfants en bas âge (.02), Filles scolarisables (.02) et Personnes âgées (.02); Synthèse et conclusion L'objectif de cette étude était d'examiner comment les relations de genre structurent les comportements des ménages camerounais par rapport à la scolarisation des enfants et plus concrètement de mettre en évidence les différences de comportements entre les ménages en matière de scolarisation (fréquentation scolaire actuelle) des filles et des garçons au Cameroun compte tenu notamment de l'appartenance sexuelle de leur chef et de leur composition démographique par sexe et par âge. Elle concerne les enfants résidents de 15 à 24 ans et s'est faite à partir d'un échantillon au dixième des données du recensement du Cameroun de 1987 [24]. Il en ressort que la scolarisation des enfants par les ménages se structure au Cameroun selon le genre, tant au niveau des bénéficiaires (filles/garçons), que des chefs de ménage (chefs de ménage femmes/chefs de ménage hommes) et de la composition sexuelle et par âge des ménages (enfants en bas âge, enfants scolarisables, adultes et personnes âgées). Plus spécifiquement, il apparaît que:
On peut relever enfin que la modernisation culturelle telle qu'elle apparaît à travers le niveau d'instruction (contrôlé par le niveau de vie dans des modèles multivariés), favorise davantage la scolarisation des filles (que celle des garçons) dans les ménages dirigés par des femmes (FCM) et la scolarisation des garçons dans les ménages dirigés par des hommes (HCM). Par contre, et comme pour compenser, le pouvoir économique (appréhendé ici faute de mieux par le degré de confort de l'habitat) favorise davantage la scolarisation des garçons (que des filles) chez les FCM et des filles chez les HCM. Mais dans tous les cas, la modernisation culturelle se révèle de loin plus déterminante que le pouvoir économique, quels que soient le sexe de l'enfant et le sexe du chef de ménage. Autant de résultats intéressants dont certains ne manquent toutefois pas de susciter des questions qu'il conviendrait d'examiner de manière plus approfondie et avec des données plus appropriées que celles de recensement. Il en est ainsi par exemple en ce qui concerne la meilleure performance des femmes chefs de ménage (FCM) en matière de scolarisation des enfants, résultat observé par ailleurs dans de nombreux pays africains. Marc Pilon (1996), à la suite de Lloyd et Blanc (1996), avance les hypothèses explicatives suivantes:
Mais le phénomène nous paraît plus complexe et cette explication très insuffisante voire discutable. Il apparaît par exemple ici que la théorie de la "quantity/quality trade-off" jouerait davantage chez les HCM que chez les FCM: autrement dit, celles-ci réussiraient à mieux concilier la quantité et la qualité que leurs homologues masculins et tant pour la scolarisation des filles que des garçons [26]. Quand on sait qu'elles sont beaucoup plus démunies, en moyenne, que leurs homologues masculins, il y a lieu de penser qu'elles bénéficieraient davantage d'appuis extérieurs (financiers ou en nature) en provenance notamment de leurs partenaires sexuels et d'autres membres de la famille élargie (i.e. en fait des hommes!) pour la prise en charge des frais de scolarisation et que beaucoup d'enfants qu'elles accueillent[27] le seraient précisément pour aller à l'école. Des études plus fouillées, comportant autant que possible un volet qualitatif, et pouvant permettre entre autres de mieux caractériser les FCM nous semblent nécessaires pour mieux comprendre[28]. Cette étude qui ne porte que sur la fréquentation scolaire actuelle, pourrait être approfondie par une étude de la réussite et des abandons scolaires. Les résultats obtenus devraient également être actualisés en recourant à des données plus récentes, compte tenu des changements éventuels liés notamment à la crise sans précédent qu'a connu le pays dans les années 1990. Tableau 4 : Déviations brutes par rapport au taux moyen général (TMG) de l'analyse de classification multiple (MCA) du taux de scolarisation des jeunes de 15-24 ans en fonction de la structure démographique des ménages au Cameroun au recensement de 1987 selon le sexe du chef de ménage et le sexe de l'enfant.
NA : Nom applicable pour la modalité concernée Références
[1] Cette étude a été en partie réalisée lors de notre séjour au Département de Démographie de l'Université de Montréal (Canada) en 1998 dans le cadre du Programme de Bourse d'Excellence de l'AUPELF-UREF (Agence Universitaire de la Francophonie). Nous tenons ici à remercier grandement les Responsables de ces deux institutions. [2] Et dans ce contexte, le ménage renvoie lui-même à la famille dont on a pu dire qu'elle est, plus que partout ailleurs dans le monde, au cur même des sociétés africaines et que "tout en découle et tout y converge" (Wakam 1994, 1996). [3] D'où la création du 7 e Réseau thématique de recherche de l'UEPA (Union pour l'Etude de la Population Africaine) sur "les déterminants familiaux de la scolarisation en Afrique" auquel collaborent plusieurs institutions dont l'IFORD (Cameroun), l'UERD (Burkina-Faso), l'URD (Togo), l'ENSEA (Côte d'Ivoire) et le CEPED (France) et des chercheurs du Nord et du Sud (dont moi-même) et des équipes-pays dont celle du Cameroun [4] Rappelons avec Thérèse Locoh et al (1996) que "Le genre est une notion sociologique, qui distingue les différences sociales des différences biologiques entre les sexes, et qui présente l'avantage de se départir de la dimension physique du mot "sexe" (Lécuyer, 1995). Dans son acception anglo-saxonne, il permet de distinguer, au delà du sens grammatical du terme français, le "sexe biologique" du "genre culturel". Cette définition culturelle se démarque de l'approche naturaliste du masculin et du féminin (Fargues et Perrot, 1993) et introduit une dimension sociale historiquement construite sur des distinctions selon le sexe." (in Locoh et al. (dir.), Introduction, P.1) [5] dont le projet "Structures familiales" et le projet "Modernisation, structures familiales et fécondité en Afrique subsaharienne" réalisés à l'IFORD (et soutenus financièrement par la Coopération française et l'AUPELF-UREF) et le 7ème Réseau de l'UEPA mentionné ci-dessus [7] avec un taux de scolarisation de 75 % (soit 77 % pour les garçons et 73 % pour les filles) à l'Enquête Démographique et de Santé (EDS) de 1998 alors qu'il n'est que de 31 % chez les 15-24 ans (soit 39 % pour le sexe masculin et 25 % pour le sexe féminin) [9] comprenant quatre strates: Yaoundé (la capitale politique), Douala (la capitale économique), Autre urbain (les autres villes) et le milieu rural [10] et compte tenu par ailleurs des contraintes techniques du logiciel SPSSPC utilisé qui limite le nombre de variables à 10 (non compris les "co-variables"). [11]Sans cependant présenter un degré d'asymétrie trop élevé entre les deux états de la dichotomie: pas très appropriée si la probabilité d'occurrence de l'événement étudié est inférieure à 20% ou supérieure à 80 %. [13] Les prédicteurs n'étant cependant pas généralement orthogonaux (i.e. non correlés), il est inapproprié d'interpréter b2 en terme de proportion de la variance expliquée par un prédicteur après ajustement. [15] Il convient toutefois de signaler que ces auteurs ont trouvé, lors de la même étude, une relation négative en milieu urbain ivoirien, même si elle est loin de satisfaire leur attente. [16] La structure matrimoniale par sexe indique que près de 11 % des garçons et 54 % des filles de 15-24 ans étaient déjà mariés [18] sauf pour le nombre d'hommes adultes dont l'influence négative sur la scolarisation des filles résidant chez les HCM se renforcent plutôt, la statistique ß passant de 0,4 à 0,7. [20] sauf pour les garçons des ménages dirigés par les hommes où il est plus ou moins constant lorsqu'il est en concurrence avec le niveau d'instruction (modèles M1 et M2). [21] Rappelons que le modèle M2 inclut par rapport à M1, le nombre de célibataires de 11 ans et plus, ce qui nous a obligé à regrouper (pour ce modèle) les personnes âgées des 2 sexes en une seule variable pour des raisons techniques (nombre de variables limité à 10, hormis les "covariables") [23] exception faite des variables introduites en "covariable" dans la MCA (âge, âge au carré, taille et l'ensemble des variables de la structure économique) [25] Nous en donnons quelques hypothèses explicatives dans le texte (voir également Wakam 1999 pour plus de commentaires) [26] si l'on en juge du moins par la statistique ß dans le modèle M2 avec le contrôle du nombre de célibataires [27] et nous avons montré (Wakam, 1996, 1997) que les ménages dirigés par les femmes accueillent proportionnellement plus d'étrangers au noyau familial que ceux dirigés par les hommes [28] Il est à préciser toutefois que les résultats de cette étude restent pratiquement identiques même lorsque l'on prend en compte l'état matrimonial des chefs de ménage Copyright 2002 - Union for African Population Studies |
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