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African Population Studies
Union for African Population Studies
ISSN: 0850-5780
Vol. 19, Num. 2, 2004, pp. 125-138

African Population Studies/Etude de la Population Africaine, Vol. 19, No. 2, August 2004, pp. 125-138

L’état des statistiques de la fécondité et de la mortalité en Afrique du Sud pendant et après l’ère de l’Apartheid

Sulaiman Bah

Département d’Épidémiologie, École Nationale de Santé Publique, Université Médicale d’Afrique Australe, Ga-Rankuwa, Afrique du Sud

Code Number: ep04015

RÉSUMÉ

Cet article examine la production des statistiques sur la fécondité et la mortalité en Afrique du Sud pendant et après l'Apartheid. L'article montre que la production de ces statistiques était dynamique et reflétait la réalité politique en Afrique du Sud ainsi que les politiques et législations relatives à l'Apartheid en vigueur sur place. D'un côté, le registre de la population révèle des politiques très marquées par l'Apartheid tandis que de l'autre côté, le recensement émanant du domaine du Bureau de la statistique était, en théorie, moins influencé par les politiques d'Apartheid. Entre ces deux sources de données se trouve le système d'état civil. Cette contribution décrit les phases différentes dans la production des statistiques sur la fécondité et la mortalité ; la phase avant le recensement de 1991, la phase après le recensement de 1996, et la phase entre ces deux recensements. A chaque phase, l'enjeu entre les sources de données, la réalité politique et les méthodes utilisées ont déterminé la disponibilité des statistiques officielles et non officielles sur la fécondité et la mortalité et leurs forces et faiblesses.

INTRODUCTION

En Afrique du Sud, dans une certaine mesure, l’estimation de la fécondité et de la mortalité est tributaire de trois facteurs : le besoin de connaître le poids de chaque race dans l’analyse des phénomènes démographiques et des effectifs de population, la qualité des recensements et les performances du système d’enregistrement des actes d’état civil. Au niveau national, les statistiques disponibles sont basées sur les estimations directes de la fécondité et de la mortalité issues de l’enregistrement complet (ou supposés complet) des naissances et des décès. Elles sont réparties selon certaines variables de base de la population issues du recensement. On dispose aussi des estimations inter-censitaires ventilées suivant certaines caractéristiques importantes de la population. Les catégories statistiques ont changé au cours du temps. Pendant l’ère de l’Apartheid, la race était une variable cruciale ; mais après l’Apartheid, les variables géographiques ont pris plus d’importance, devenant des variables prioritaires. Il est bien connu que les techniques indirectes trouvent leur raison d’être dans les situations où le système d’enregistrement des actes à l’état civil est déficient. Aussi, l’objectif poursuivi par le système d’état civil est l’enregistrement continu et exhaustif des événements. Quand un système de registres d’état civil a atteint un niveau de couverture des événements assez complet, il est rare que ce niveau baisse. Toutefois, une telle situation peut être observée dans un contexte d’instabilité politique ou de guerre comme cela a été le cas en Europe Orientale ou dans l’ancienne Union Soviétique. Par ailleurs, quand un pays est arrivé à une situation telle que les statistiques de fécondité ou de mortalité sont produites en utilisant des techniques directes, il est très rare que ce pays change son mode de production des statistiques en recourant plutôt aux techniques indirectes. A cet égard, la situation observée en Afrique du Sud est tout à fait particulière. Cet article décrit la situation actuelle des statistiques de la fécondité et de la mortalité  ainsi que du processus de son évolution.

Nous distinguons trois phases successives dans la production des statistiques de la fécondité et de la mortalité en Afrique du Sud. Ces phases s’articulent autour du recensement et du système d’état civil. La première phase est la période antérieure au recensement de 1991 ; la deuxième est comprise entre les recensements de 1991 et de 1996 ; la dernière phase est la période postérieure au recensement de 1996. Bien que ces phases s’appuient principalement sur les résultats de ces recensements, elles seront aussi examinées par rapport aux données de l’état civil.

Première période : avant le recensement de 1991, les Noirs n'étaient pas pris en compte dans les statistiques

Cette période est caractérisée par des séries de statistiques nationales sur la fécondité et la mortalité pour les trois types de races (blanche, indienne/asiatique et métisse). En ce qui concerne les Noirs, les estimations au niveau national ne sont pas disponibles mais elles existent pour quelques circonscriptions judiciaires. La déficience de la couverture de l’état civil, qui connaît un enregistrement incomplet des naissances et des décès est générale dans le pays.

Le système décentralisé de l’état civil en Afrique du Sud a précédé la formation de l’Union de l’Afrique du Sud en 1910. Chaque province (Cap, Orange Free State et Natal) avait sa propre législation en matière d’enregistrement des naissances, des mariages et des décès. Après la formation de l’Union, un Bureau national des statistiques a été créé en 1914 par la loi 38 de 1914. Cette loi a permis la centralisation de la collecte des statistiques démographiques d’état civil. Pourtant, l’uniformisation de l’enregistrement des statistiques d’état civil en Afrique du Sud  n’a été effective qu’en 1924 suite à l'instauration de la loi sur l'enregistrement des naissances, des décès et des mariages (la Loi 17 de 1923). De 1924 jusqu’en1950, le système d’état civil a été progressivement amélioré et la loi 17 a été modifiée progressivement. Initialement, les statistiques démographiques d’état civil ont été publiées pour les Blancs seulement. En 1937, les  statistiques officielles pour les Métis devenaient disponibles et un an plus tard, en 1938, les statistiques pour les indiens étaient publiées. Durant toute cette période, il n’y avait pas de statistiques officielles sur l’état civil des Noirs. Sous la loi 17 de 1923, l’enregistrement des actes d’état civil est devenu obligatoire pour les Noirs qui habitaient dans les centres urbains, mais toujours pas pour ceux qui vivaient en milieu rural.

Par la suite, en 1950, on a eu la loi sur l’enregistrement de la population. L’objectif de cette loi était de faciliter l’établissement d’un registre de la population de l’Union principalement pour la distribution des cartes d’identité. Sous la loi de 1950, on attribuait à chaque personne dont le nom figurait dans le registre un numéro d’identification et sa race était aussi mentionnée. Le registre était divisé en trois parties : une partie était pour les citoyens sud-africains, la seconde partie était pour les résidents permanents et la troisième était pour les résidents temporaires. La loi avait classé les gens selon trois catégories : blancs, métis ou indigènes. Pour les indigènes, le groupe ethnique était, en plus, pris en compte. On peut toutefois déplorer le fait que le registre de la population n’ait pas joué de rôle significatif dans la production des statistiques en Afrique du Sud pendant cette période. Pourtant, cette mesure visait aussi l’amélioration des statistiques d’état civil en ce sens que les naissances enregistrées à l’état civil étaient exploitées aux fins d’analyse démographique et servaient par ailleurs de base pour la mise à jour du registre de la population. La structure théorique de la production des statistiques de la population durant l’ère de l’Apartheid est présentée dans le graphique 1 une fois que les statistiques sur les naissances et les décès ont été rassemblées. L’hypothèse admise ici est qu’elles sont complètes pour les Blancs, Métis et Indiens ou Asiatiques,  et permettent le calcul direct des taux importants ainsi que des tableaux de survie.  Mais s’agissant des Noirs, il est évident que l’enregistrement des événements démographiques à l’état civil était largement incomplet au niveau national. Pour cette raison, une attention particulière était accordée aux statistiques démographiques d’état civil concernant les Noirs vivant dans certaines circonscriptions judiciaires.  

De 1911 à 2001, il y a eu 16 recensements de la population en Afrique du Sud (1911, 1918, 1921, 1926, 1931, 1936, 1941, 1946, 1951, 1960, 1970, 1980, 1985, 1991, 1996 et 2001). Certains de ces recensements présentent des insuffisances. Par exemple, les recensements de 1918, 1926, 1931 et 1941 ont seulement dénombré les populations d’origine européenne. De 1980 à 1991, les Noirs africains des Etats de Transkei, Bophotswana, Venda et Ciskei (TBVC) étaient exclus des recensements d’Afrique du Sud. Les trois derniers recensements ayant dénombré toute la population de l’Afrique du Sud étaient ceux de 1970, 1996 et 2001. La non-exhaustivité du recensement de 1991 avait poussé les responsables de cette opération à recourir à la combinaison de quatre approches : recensement partiel, l’enquête, photos aériennes et estimations démographiques (Khalfani et al., 2003). Il résulte de cette situation l’inexistence de statistiques démographiques fiables entre 1991 et 1996. On disposait plutôt de données sur une population " reconstruite "  (en utilisant les résultats du recensement de 1970 comme base de référence). Les principales données de recensement " reconstruites "  étaient celles préparées par Sadie (1988, 1993) et publiées par le Bureau des études des marchés (Bureau for Market Research) et considérées par la Conseil de la Recherche des Sciences de l’Homme (Human Sciences Research Council) et autres chercheurs. C’était alors largement l’ère de "la démographie du consensus", marquée notamment par la faiblesse de l’effectif des démographes. Aussi, une fois qu’il y avait accord sur le fait que l’enregistrement des actes d’état civil n'était complet que pour les Blancs, les Métis et les Asiatiques, la controverse prenait fin. 

Les négociations politiques lancées dans les années 1990 et poursuivies jusqu’à la fin de l’Apartheid avaient un rapport étroit avec les statistiques démographiques d’état civil. Le gouvernement a décidé, en 1991, d’abandonner la collecte des données sur une base raciale et a par ailleurs abrogé la loi sur l’enregistrement de la population de 1950 et promulgué la loi sur l’enregistrement de la population de 1991. L’abrogation de la loi de 1950 sur l’enregistrement de la population a pris effet le 28 juin 1991 et a eu un impact majeur sur l’enregistrement des faits de population à l’état civil, notamment sur le contenu des registres de population et les autres statistiques collectées et produites par le gouvernement. Toutefois, concernant le recensement, on a continué à enregistrer l’information sur les composantes raciales de la population, estimant que cela était nécessaire pour les analyses démographiques mais n’avait aucune visée politique.   

Deuxième période, 1991-1996 : abolition de l’Apartheid et le rejet des catégories sociales

A la suite de l’abrogation de la loi sur l’enregistrement de la population de 1950, le gouvernement a procédé à la modification du découpage des circonscriptions judiciaires entre 1992 et 1993. Ainsi, l’Afrique du Sud était divisée en neuf provinces incluant les Etats TBVC (Bah, 1999). La révision de ce découpage, du reste attendue par les sud africains, a entraîné des perturbations dans les statistiques démographiques d’état civil. La période inter-censitaire 1991 et de 1996 est intéressante à examiner étant donné la production des statistiques de mortalité et de fécondité au cours de cette période.  Pour la première fois, les longues séries statistiques des naissances et des décès disponibles pour les Blancs, Indiens, Asiatiques ou les Métis ont été interrompues et n’étaient donc plus disponibles. Les statistiques démographiques d’état civil publiées incluaient toutes les races y compris les Noirs dont la couverture des enregistrements était, jusque-là, trop  faible. Certains chercheurs ont critiqué ce changement, le considérant comme un mélange inapproprié de bonnes et de mauvaises statistiques. Pour illustrer ce point, on utilise les chiffres de statistiques nationales pour les naissances et les décès dans les années qui suivent la formation de la nouvelle Afrique du Sud. Les statistiques publiées en 1995 par ‘Statistics South Africa’ sur l’enregistrement des naissances montraient que le total des naissances enregistrées pour cette année était de  809 439 et pour ces naissances, 68% étaient des naissances antérieures à l’année 1995. La publication des statistiques sur les décès a mis ‘Northern Province’ (une province rurale avec une majorité noire ) comme ayant le plus petit taux brut de mortalité. Sur la période 1994-1995, la Province septentrionale (Northern province) était la seule province qui a connu une baisse du nombre de décès enregistrés. Il est cependant difficile d’admettre que la situation sanitaire dans cette province soit la meilleure du pays. L’hypothèse la plus plausible est sans doute la mauvaise couverture des évènements démographiques d’état civil dans cette province.

La préoccupation majeure des responsables était de sauver quelques aspects de la statistique des décès, notamment l’évaluation de la mortalité des Noirs (jusqu’à 1990). Il fallait alors recourir à l’ajustement des données, en raison des imperfections de l’enregistrement des décès ou utiliser les techniques indirectes pour estimer la mortalité et la fécondité (sans référence aux statistiques de décès enregistrés). Quelques chercheurs se sont intéressés à la première possibilité ; il s’agit notamment de Dorrington et al. (1991), Bradshawe et al. (1992) et Timaeus (1993). Bien qu’elle soit, en principe, favorable aux deux possibilités, l’Agence de statistique, ‘Statistics South Africa’ (Stats SA) s’est plus penchée sur la deuxième approche que sur la première. Elle a eu recours aux enquêtes annuelles auprès des ménages, ainsi qu’à "l’enquête sur les ménages d’octobre" (OHS) pour poser les questions sur l’histoire génésique des femmes (le nombre d’enfants nés vivants, le nombre d’enfants survivants et les naissances des 12 derniers mois). Ces données ont été analysées pour estimer des indicateurs sur les tendances de la fécondité et de la mortalité (Udjo, 1997). Stats SA a publié les articles préparés par Udjo comme rapports d’analyses. Si dans un sens, les résultats dans ces travaux peuvent être considérés comme "les statistiques officielles", dans un autre, ils ne constituent que des "travaux de recherche" et non pas "les statistiques officielles". Ce que ‘Stats SA’ avait l’habitude d’utiliser, ce sont les données présentées sous forme de tableaux montrant les naissances et décès enregistrés à l’état civil, les données du recensement ou les estimations de la population et les estimations directes de la fécondité et de la mortalité obtenues à partir de ces chiffres. Stats SA n’avait pas de publication officielle sur "les statistiques démographiques" comme moyen de vulgarisation des résultats des recherches officielles. Une manière d’exploiter ces estimations a été proposée par  Udjo (1998) qui les a utilisées pour effectuer la projection de population à partir de 1970. Ces estimations de la population ont servi de référence qui pouvaient être comparé aux résultats du recensement de 1996. Cette voie a été choisie parce que  Stats SA qui avait conduit le recensement de 1996 après l’Apartheid avec beaucoup de justification, n’avait pas confiance aux recensements réalisés entre 1970 et 1996.

Cette période peut être globalement considérée comme l’ère de "l’apparition lente et l’acceptation des techniques démographiques indirectes". S’agissant précisément de cette période, l’Unité de recherche du Département de travail à l’Université de Cape Town a réalisé une enquête nationale auprès des ménages portant sur le développement et le niveau de vie des ménages. Dans cette enquête, les questions de types de Brass ont été posées pour permettre l’estimation indirecte de la fécondité et de la mortalité (Saldru, 1994). Mais l’étude la plus importante est la recherche indépendante menée par Dorrington et al. (1999) sur l’utilisation des techniques indirectes pour estimer le niveau et la forme des taux de mortalité en Afrique du Sud autour de 1985- 1990. Ces auteurs ont utilisé les méthodes de Preston-Coale et de Bennt-Horuichi pour estimer les niveaux complets de la mortalité en Afrique du Sud. C’est l’un des rares travaux qui ont posé le problème de l’estimation de la mortalité à partir des enregistrements incomplets des décès parmi les Noirs et qui, d’une manière  spécifique, ont  essayé d’introduire l’enregistrement des décès dans les anciens Etats TBVC. Un précédent travail effectué par  Rip et al. (1999) analysait la mortalité en utilisant les techniques directes les Blancs mais elle n'a pas tenu compte de la mortalité chez les noirs.

Durant cette période, le système d'enregistrement des actes d'état civil n’était pas bien utilisé pour la production des statistiques démographiques appropriées. L’organisation en place est montrée dans le Graphique 2. Les naissances et les décès étaient constatés dans les centres de santé alors que beaucoup de ces centres avaient un système d’information ad-hoc. Ce système n’était pas correctement exploité avant l’établissement de NHIS/SA (Système National d’information sanitaire d’Afrique du Sud). Ainsi le registre de la population était resté vide et n’alimentait pas le système d’enregistrement des données d’état civil. Le système de statistique des données d’état civil recevait les données électroniques concernant les naissances (sans regroupement racial) mais leur traitement pour le comptage des décès n'était fait que sur papier. Ceci a conduit à un retard considérable dans la production des statistiques des décès, avec, comme effet social, le mécontentement des principaux utilisateurs.

Troisième période, après 1996,  l’Afrique du Sud avec toutes les composantes de sa population

La période qui a suivi le recensement est la plus dynamique en matière de production et d’analyse des données statistiques sur la fécondité et la mortalité. Pour la première fois dans l’histoire des recensements sud-africains, les questions de type Brass ont été posées pour permettre des estimations indirectes de la fécondité et de la mortalité infantile et adulte. Udjo (1998) a pu utiliser les données de recensement pour confirmer ses estimations précédentes de la fécondité et de la mortalité basées, bien sûr, sur les mêmes méthodes que celles utilisées antérieurement. Cependant, la validité des résultats du recensement de 1996 n’est pas acceptée par  tous les chercheurs, particulièrement en ce qui concerne les effectifs des blancs, des enfants de 0–4 ans,  le rapport  de masculinité et l’effectif de la population totale (Simkins et al., 1998).  Cette période correspond à l’ère de la ‘démographie conflictuelle’. L’effectif de la population de l’Afrique du Sud issu des projections de Prof. Sadie était plus élevé que celui trouvé dans le recensement de 1996. Par ailleurs, pour justifier son propre chiffre, Stats SA a essayé de réfuter les estimations de Prof Sadie. En définitive, la controverse de chiffres a perduré au sein de la communauté des démographes. Finalement, plusieurs chercheurs ont eu recours aux techniques indirectes d’estimation pour justifier leurs arguments contre les imperfections et les sous-évaluation du recensement. Dorrington (1999) en a déduit une série d’estimations indirectes de la mortalité et sur la base de ces estimations et d’autres données, il a soutenu qu’un nombre important des blancs n’avait pas été dénombré lors du recensement. Il s’est aussi servi de cet argument pour démontrer que lors du recensement, un nombre important d’enfants de moins de 5 ans avait été omis.

S’agissant de l’état civil, le Département de la santé a déployé des efforts pour améliorer la couverture de l’enregistrement des événements démographiques et augmenter la fiabilité des registres de population comme source des statistiques des décès. Une fois un enregistrement fait, DHA met à jour le registre de la population pour les nationaux et les étrangers et procède au traitement manuel des formulaires de tous les décès enregistrés. Cependant il a fallu attendre la recherche de MRC pour que les premiers résultats basés sur  l’analyse des données sur les décès à partir des registres de la population soient publiés (Dorrington et al., 2001). Cette source de données fournit des statistiques à jour et de bonnes statistiques de décès pour les adultes. En même temps que pour les données démographiques, les données des registres de population peuvent être utilisées pour calculer les taux de mortalité par âge et par sexe qui pourraient être ajustés par ce biais dans le registre de la population ou utilisés comme tels sans ajustement (Bah 2003). Durant cette période, les données des enquêtes nationales auprès des ménages devenaient de plus en plus disponibles. L’enquête d’octobre auprès des ménages continuait d’être organisée chaque année (avec cependant une qualité variable). En 1998, l’enquête démographique des ménages sud-africains (SADHS) a fourni beaucoup plus de données permettant l’estimation de la fécondité et de la mortalité. Cette enquête a fourni une gamme variée de données nécessaires à l’estimation directe ou indirecte de la fécondité, de la mortalité infantile et des adultes ; elle a aussi fourni des informations sur les enfants nés vivants, la mortalité infantile, l’évolution des naissances et la survie des parents. Elle a en outre fourni des données sur les frères et les sœurs en précisant l'âge au moment du décès, les dates de naissance et de décès des enquêtés. Dans sa contribution sur les connaissances démographiques en Afrique du Sud, Timaeus et al. (2001) a publié un article où la majeure partie des bases de données disponibles a été analysée (enquêtes OHS, LSDS, SADHS, et les données des registres de la population). Cet article a utilisé plusieurs techniques directes et indirectes pour en déduire des estimations plausibles de la mortalité adulte récente. Dans une autre contribution, Moultrie et Timaeus (2001), ont utilisé les données du SADHS pour dériver une série d'estimations de la mortalité en Afrique du Sud de 1960 à 1988.

Au niveau des statistiques officielles, les choses commençaient à bouger rapidement. Dans une première étape, Stats SA a publié en 2000, les tableaux de vie en utilisant seulement le recensement de 1996 et les décès déclarés en 1996. Pour 1996, les décès déclarés étaient tirés des enregistrements incomplets de décès avant la préparation des tableaux de vie. Ces tableaux de survie étaient construits par province et par sexe. Pour la période précédant 1996, les méthodes de survie des parents étaient utilisées pour produire les tableaux de suivie par race. Cette combinaison des méthodes a permis à l’Agence de statistique d’avoir les tableaux de mortalité par race d’une part et par province d’autre part. Certains démographes ont réfuté quelques aspects de ces résultats mais Stats SA a poursuivi le travail et publié les résultats (Stats SA, 2000). En second lieu, en 2001, Stats SA a commencé l’exploitation du registre de la population pour produire quelques statistiques de mortalité, appelée  "Publication anticipée des statistiques de mortalité". Fiables et produites dans des délais brefs, ces statistiques ne sont cependant pas complètes. Le rapport de MRC et la publication de Stats SA ont montré que le registre de la population est une source précieuse qui montre le changement des tendances de mortalité. Stats SA n’a pas encore publié les statistiques des causes de décès basées sur ces sources. Il envisage de les publier à l’avenir. Finalement, en 2002, Stats SA a utilisé les données issues des archives pour produire les statistiques sur les causes de décès à partir d'un échantillon de 15 % de tous les décès enregistrés (Graphique 3).

DISCUSSION

Au moment où la production des statistiques des naissances et des décès fait partie des activités officielles de l’Agence de statistique, le calcul des indicateurs démographiques fait partie du domaine public de la recherche. Quand l’enregistrement des naissances et des décès est complet, il y a consensus dans la mesure des phénomènes démographiques. Les indicateurs démographiques publiés par l’Agence de statistique serviraient à légitimer ‘les estimations démographiques officielles’ pour le pays. Cependant, quand l’enregistrement des naissances et décès est incomplet, la solution n’est pas facile. Elle donne lieu a des estimations controversées produites par différentes équipes de chercheurs crédibles. Une des options serait que l’Agence de statistique utilise les démographes de cette structure et produise ses propres estimations en les publiant comme "les estimations officielles", sans prendre en considération les autres statistiques provenant de la communauté des chercheurs. La deuxième option serait que l’Agence de statistique produise ses propres estimations mais en déterminant une marge d'erreur  pour ces estimations. La troisième option serait que l’Agence de statistique consulte la communauté des chercheurs aussi largement que possible, avant de publier ses estimations démographiques pouvant susciter la controverse. Cela lui permettrait de relativiser la qualité de ses estimations.

Avant 1991, les indicateurs démographiques ont été calculés séparément pour les Blancs, les Métis et Asiatiques/Indiens, en utilisant les méthodes directes. Ces estimations ont été largement acceptées comme indices démographiques officiels. Pendant la période de grande incertitude, entre 1991 et 1996, les chercheurs de l’Agence Stats SA produisaient des estimations démographiques indirectes et les publiaient dans des rapports d’analyse. Ils ne les ont pas publiées comme "des estimations démographiques officielles", excepté les tableaux de survie. Par ailleurs, Stats SA a publié les taux en précisant des intervalles de confiance, de validité. Stats SA a aussi entrepris l’élaboration de projections démographiques, mais le projet n’a pas abouti. Stats SA a jugé utile de consulter les chercheurs nationaux pour effectuer des projections acceptables. Quelques-uns parmi eux font partie du “comité technique de gestion de la statistique” l’un des organes de décision de l’Agence Stats SA, ce qui a facilité les consultations.

Après des concertations entre le Département de la santé et les autres secteurs concernés, un nouveau certificat de décès a été introduit en 1998 qui permet une fois de plus de connaître la répartition raciale et les autres informations sur  les personnes décédées.  La loi de 1991 a abrogé l’utilisation des catégories raciales sur le registre de la population mais pas sur les actes de décès. Ceci signifie que c’est seulement sur les copies des certificats de décès qu’il y a l’information sur la race et non pas dans le registre de la population. Dans le rapport de 2002 publié par Stats SA, on a spécifié les causes de décès par race pour 15% des décès enregistrés de 1997 à 2001. Ceci signifie que pour les Blancs, les Métis et les Indiens/Asiatiques, la série statistique serait interrompue seulement pour la période 1991 – 1996. En d’autres termes, une fois que les données complètes sont disponibles, il sera possible d’utiliser les méthodes directes pour estimer les indicateurs démographiques pour ces trois races ; mais on pourrait aussi effectuer des estimations indirectes pour la population noire.

CONCLUSION

La production des statistiques sur la mortalité et la fécondité en Afrique du Sud est passée par plusieurs phases : la phase de la "démographie de consensus", celle de "l’apparition lente et l’acceptation des techniques démographiques indirectes" et enfin la phase de "démographie de controverse". Avec l’amélioration rapide de la couverture des événements par le système d’état civil et la ré-introduction de la variable race dans les données, on espère que la phase de "démographie de controverse" cédera la place à un nouveau consensus. Le passage de la deuxième à la troisième phase a été marqué par une interaction dynamique des techniques directes, des techniques indirectes basées sur l’ajustement des données observées et des techniques indirectes basées sur les questions de types Brass.

La pertinence des travaux statistiques menés en Afrique du Sud par rapport aux autres pays africains  concerne plusieurs aspects.

  1. Quand tous les départements impliqués dans le système d’enregistrement des actes d’état civil accordent en priorité l’amélioration des statistiques d’état civil, ceci se traduit en fin de compte par une amélioration significative de la couverture des naissances et des décès.
  2. L’Agence de statistique devrait constamment chercher les voies et  moyens pour améliorer la collecte et le traitement des statistiques d’état civil. Cet effort constant amènerait l’Agence à valoriser et à mettre en vigueur d’autres sources de données non encore utilisées ou utilisant la technologie de pointe comme le traitement des questionnaires ou des fiches par scanner ou par lecture optique, en vue d’une production rapide des statistiques d’état civil.
  3. Quand les estimations démographiques pour le pays sont incertaines, l’Agence de statistique ne peut pas se permettre d’imposer son point de vue en rejetant les critiques légitimes des autres acteurs.
  4. Les estimations démographiques directes et indirectes ne sont pas diamétralement opposées, mais se complètent plutôt et peuvent être utilisées de façon concomitante. Par exemple, des estimations directes issues des données d’état civil peuvent être publiées pour une ville, et des estimations indirectes peuvent être publiées pour le pays entier ou le milieu rural.

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